Bordeaux

Bordeaux : le MADD rouvre enfin, devant une foule dense.

Mercredi 22 avril, le MADD a rouvert ses portes à Bordeaux après trois années de fermeture et de travaux. Devant une foule nombreuse, cette inauguration a marqué la première étape d’un vaste chantier patrimonial et culturel lancé sous Alain Juppé et inauguré sous Thomas Cazenave.

La scène, mercredi soir, donnait immédiatement la mesure de l’attente. Rue Bouffard, une longue file s’étirait jusqu’à la porte Dijeaux, pendant que la cour d’honneur du MADD se remplissait peu à peu. Trois ans après sa fermeture, le musée des Arts décoratifs et du Design retrouvait enfin son public. À voir le nombre de visiteurs déjà présents dans la cour et ceux qui patientaient encore dehors, Thomas Cazenave n’a pas manqué de souligner que ce retour “fait chaud au cœur”. Bordeaux récupère là l’un de ses équipements culturels les plus singuliers, au croisement du patrimoine, des métiers d’art et du design.

Cette réouverture était attendue depuis longtemps. Fermé depuis janvier 2023, le musée n’était pourtant pas resté silencieux. Ses équipes ont maintenu des actions hors les murs, dans les écoles, à la Halle des Douves, en Ehpad, en prison, mais aussi à travers des expositions accueillies notamment à la Cour Mably, au CAPC ou à la Philomathique. Pour Étienne Tornier, directeur par intérim du MADD, le mot “enfin”, largement affiché ces dernières semaines dans la communication du musée, résumait à lui seul l’esprit de cette soirée : celui d’un retour au contact direct avec les œuvres, mais aussi avec les visiteurs.

Inauguration MADD
Rue Bouffard, les visiteurs faisaient déjà la queue avant l’ouverture du MADD, mercredi soir à Bordeaux.

Le 22 avril ne marque toutefois pas l’achèvement complet du projet. Cette réouverture a été pensée en deux temps. Depuis mercredi, le public peut découvrir l’aile longeant la rue Boulan, avec l’accueil, de nouveaux espaces d’exposition, le restaurant et l’ancienne prison, désormais intégrée au parcours du musée. L’ouverture de l’hôtel particulier rénové, elle, est annoncée pour 2027. Thomas Cazenave a d’ailleurs insisté sur cette chronologie en rappelant qu’il s’agissait d’“une première étape” avant la réouverture de l’hôtel de Lalande, qui permettra de rendre à l’ensemble du site sa pleine cohérence.

Un chantier patrimonial d’ampleur

Le projet architectural mené par l’agence Antoine Dufour Architectes s’est attaqué à une configuration rare : celle d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle et d’une ancienne prison municipale du XIXe siècle, tous deux classés monuments historiques. L’objectif était de relier ces deux bâtiments sans gommer leurs identités propres. Le nouveau pavillon de verre et d’acier, qui fait désormais la jonction entre eux, incarne cette volonté de couture plus que de rupture. Les architectes ont également travaillé sur la lumière, la fluidité du parcours, l’accessibilité et le réemploi des matériaux, dans une logique présentée comme à la fois patrimoniale et environnementale.

Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur de l’opération. Le chantier représente plus de 14 millions d’euros, financés par la Ville de Bordeaux, l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Union européenne et un mécène. Le musée rénové compte 3 000 m² de bâtiments et 700 m² de cours extérieures, avec 1 800 m² de surface d’exposition. Plus de 500 œuvres ont été restaurées pendant la fermeture. Les travaux visent en outre une réduction de 40 % des consommations énergétiques par rapport à 2022, tandis que 200 tonnes de matériaux ont été réemployées.

Cette réouverture porte aussi une lecture politique et institutionnelle assumée. Mercredi soir, Thomas Cazenave a salué “l’impulsion d’Alain Juppé” au démarrage du projet, puis le travail mené par les équipes municipales successives pour le faire aboutir. Il a parlé d’“un beau projet de continuité républicaine”, manière d’inscrire ce chantier dans un temps long, au-delà des alternances. Le maire a aussi défendu l’idée d’un musée à la fois proche et rayonnant, “le musée des Bordelais”, mais pas seulement, capable d’irriguer toute la région et au-delà.

Inauguration MADD
La cour du MADD s’est rapidement remplie mercredi soir, lors de la réouverture du musée à Bordeaux.

Son propos allait plus loin que la seule restauration. Préserver un monument, a-t-il rappelé, ce n’est pas seulement le réhabiliter : c’est aussi l’investir. Autrement dit, le faire vivre comme lieu de rencontre, de partage et de culture. Cette idée résonne fortement avec le nouveau visage du MADD, qui entend être à la fois un musée et un lieu plus ouvert sur la ville, avec sa cour, sa boutique, son futur café-restaurant et des espaces pensés pour une fréquentation plus quotidienne. Ce positionnement rejoint aussi celui défendu par les équipes du musée, qui souhaitent faire de la rue Bouffard un lieu de passage et d’appropriation, moins formel qu’auparavant.

La programmation inaugurale participe pleinement de cette nouvelle étape. Trois expositions ouvrent le parcours : “Céramiques, corps sensibles”, “Morceaux choisis, regards sur la collection de dessins de Jacques Sargos” et surtout “Pauline Deltour, une apparente simplicité”, présentée du 22 avril au 21 septembre 2026 dans la prison. Consacrée à la designer disparue, cette exposition revient sur une décennie de création à travers archives, dessins, photographies, maquettes, objets et mobilier. Le dossier de presse rappelle qu’en dix ans Pauline Deltour a dessiné et édité 180 objets, en développant une approche attentive aux matériaux, aux procédés de fabrication et à la justesse des formes.

Thomas Cazenave a d’ailleurs cité cette exposition dans son discours, en la décrivant comme particulièrement émouvante et en soulignant combien elle allait bien à ce musée, par “la simplicité et l’exigence” qu’elle exprime. La formule éclaire assez bien l’identité que le MADD cherche à réaffirmer aujourd’hui : un musée capable de faire dialoguer patrimoine et création contemporaine, histoire des formes et usages du quotidien. Étienne Guyot, préfet de Nouvelle-Aquitaine, a lui aussi insisté sur cette place singulière du design, vu non comme une rupture avec les arts décoratifs mais comme leur prolongement naturel.

Dans cette soirée inaugurale, entre prises de parole officielles, découverte des nouveaux espaces et affluence très visible jusque dans la rue, le MADD a donc rouvert sur une double promesse. Celle d’un musée restauré, transformé et plus accessible. Et celle d’un lieu qui veut retrouver une place active dans la vie culturelle bordelaise, avant même l’ouverture complète de l’hôtel particulier en 2027. Au regard de la foule venue pour cette première soirée, le rendez-vous semblait, déjà, ne pas avoir été manqué.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011