Bordeaux

À Bordeaux, Juan Branco place la démocratie au cœur de son discours

Réuni devant une salle presque comble à l’hôtel Ibis Bordeaux Centre Mériadeck, l’avocat et candidat déclaré à l’élection présidentielle a consacré près de deux heures à une réflexion sur les institutions françaises. Plus qu’une présentation détaillée de son programme, la conférence a pris la forme d’un échange sur la participation citoyenne, la souveraineté populaire et les règles qui fondent la démocratie.

En cette fin de journée, les participants prennent progressivement place dans la salle de conférence de l’hôtel Ibis Bordeaux Centre Mériadeck. Le public est varié, mêlant habitués des conférences politiques et simples curieux. Devant une salle presque entièrement remplie, Juan Branco prend la parole sans notes.

Son intervention s’ouvre sur un sujet qui concerne directement les Girondins : les incendies qui ont marqué ces derniers jours. Il revient sur les moyens consacrés à la prévention, les suppressions de postes à l’Office national des forêts, les politiques d’aménagement du territoire ou encore les interrogations soulevées par la gestion de cette crise. Pour lui, ces événements interrogent plus largement la capacité des institutions à protéger les citoyens et à anticiper les crises.

Cette entrée en matière donne immédiatement le ton.

Ceux qui s’attendaient à une présentation détaillée des 825 propositions élaborées par La Ruche, le collectif qui accompagne sa candidature à l’élection présidentielle, sont sans doute surpris. Si ce travail est évoqué au cours de la soirée, il demeure largement en arrière-plan. Pendant près de deux heures, l’avocat consacre l’essentiel de son intervention à une réflexion plus large sur les institutions, la démocratie et la manière dont les citoyens pourraient reprendre une place plus importante dans les décisions publiques.

La conférence prend ainsi davantage la forme d’une réflexion de philosophie politique que d’un meeting électoral classique.

Les institutions avant les programmes

Dès les premières minutes, Juan Branco choisit de déplacer le débat.

Plutôt que de commencer par les questions économiques, fiscales ou sociales, il interroge les mécanismes qui organisent la vie démocratique.

Comment mieux contrôler les élus ? Comment permettre aux citoyens d’intervenir entre deux élections ? Les règles actuelles garantissent-elles une représentation suffisante de la volonté populaire ?

C’est autour de ces interrogations que s’articule la majeure partie de son intervention.

Le référendum d’initiative citoyenne (RIC), le mandat impératif et révocatoire ou encore la remise en question du système des 500 parrainages sont présentés non comme des mesures isolées, mais comme les éléments d’une transformation plus profonde des institutions. L’objectif affiché est de permettre aux citoyens de reprendre directement la main sur certaines décisions majeures.

Revenir aux fondements de la démocratie

Pour illustrer sa réflexion, Juan Branco convoque régulièrement l’histoire.

La démocratie athénienne est évoquée non comme un modèle à reproduire, mais comme une référence permettant de rappeler que les institutions sont avant tout des constructions humaines, susceptibles d’évoluer.

Au fil de son intervention, il défend l’idée qu’une démocratie vivante repose sur des communautés capables de débattre, de délibérer et de participer réellement aux décisions qui les concernent. La commune et les territoires apparaissent ainsi comme les premiers échelons d’une reconstruction démocratique qui remonterait ensuite vers les niveaux nationaux.

Le tirage au sort, régulièrement associé à la démocratie antique, est présenté comme l’un des outils pouvant compléter les mécanismes électoraux actuels afin de diversifier la participation citoyenne.

Un socle démocratique avant les clivages politiques

L’un des fils conducteurs de la conférence apparaît progressivement.

À plusieurs reprises, Juan Branco explique que les divergences entre la gauche, la droite ou d’autres sensibilités politiques ne constituent pas, selon lui, la question première.

Sa priorité est ailleurs : recréer des règles communes permettant aux citoyens de reprendre collectivement la maîtrise du fonctionnement démocratique.

Il appelle ainsi à retrouver la possibilité de débattre « quelles que soient nos idées », estimant que les oppositions idéologiques retrouveront naturellement leur place une fois ce cadre rétabli. Évoquant notamment le mouvement des Gilets jaunes, il rappelle qu’il avait vu défiler côte à côte des sensibilités politiques très différentes autour d’une revendication commune : la souveraineté populaire. Puis il résume cette idée avec une formule qui fait sourire une partie de la salle : « Et ensuite on verra. Et ensuite on s’écharpera. Ensuite on ne sera pas d’accord. »

Cette séquence éclaire sans doute l’ensemble de la conférence : il ne s’agit pas tant de dépasser les clivages politiques que de réfléchir d’abord aux règles qui permettent à ces désaccords de s’exprimer dans un cadre démocratique.

Les médias au cœur du fonctionnement démocratique

Une autre partie importante de la soirée est consacrée aux médias.

Juan Branco développe une critique de la concentration de leur propriété, qu’il considère comme un obstacle au pluralisme du débat public.

Il défend l’idée que les citoyens devraient retrouver une capacité d’influence sur les médias eux-mêmes, afin que les confrontations d’idées ne soient plus déterminées par les intérêts économiques des propriétaires de groupes de presse.

Selon lui, la restauration d’un véritable pluralisme médiatique constitue même un préalable indispensable à tout débat démocratique.

Une conférence davantage philosophique que programmatique

À mesure que les échanges se poursuivent avec le public, un constat s’impose.

Les centaines de propositions de La Ruche restent finalement peu détaillées. Juan Branco rappelle d’ailleurs qu’elles ont vocation à évoluer au fil des discussions et des contributions citoyennes plutôt qu’à constituer un corpus figé.

L’essentiel de la soirée est consacré à une réflexion sur les principes qui sous-tendent ces propositions : souveraineté populaire, participation citoyenne, démocratie locale, contrôle des élus, décentralisation ou encore pluralisme de l’information.

Ces thèmes reviennent continuellement au fil de la conférence et des nombreuses questions posées par les participants.

Une réflexion qui dépasse une candidature

Au terme de près de deux heures d’intervention, prolongées par un long échange avec le public, la campagne présidentielle semble presque passer au second plan.

Que l’on partage ou non les analyses développées par Juan Branco, la conférence aura surtout porté sur une interrogation plus large : comment redonner aux citoyens une place dans la définition des règles démocratiques elles-mêmes ?

Comment mieux contrôler les représentants ? Comment organiser le débat public ? Comment rapprocher les lieux de décision des territoires et des citoyens ?

Autant de questions qui ont occupé l’essentiel de cette soirée bordelaise et qui expliquent pourquoi cette conférence s’est apparentée, davantage qu’à la présentation d’un programme présidentiel, à une réflexion sur les fondements de la démocratie.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011