Bordeaux

Bordeaux, les allées Damour (d’Amour) et l’énigme de Saint Fort …

Chaque 16 Mai depuis le 17ème siècle, se tenait sur l’actuelle place des Martyrs de la Résistance, la foire Saint-Fort, fête du saint légendaire dont les prétendues reliques seraient conservées dans la crypte de la basilique Saint-Seurin et ont fait autrefois l’objet d’une grande vénération ….

Pierre Lacour, De la chapelle souterraine et du tombeau de Saint Fort à BordeauxLes Allées Damour (d’Amour)

Bien plus léger que le nom de place des Martyrs de la Résistance, les allées d’Amour, célèbre promenade bordelaise aux abords de l’église Saint-Seurin furent débaptisées en 1946. Selon certains, Damour était le nom d’un chanoine de Saint-Seurin qui aurait contribué à l’aménagement de ces allées, tout cela en 1692 afin d’abriter les petits marchands qui s’installaient autour du cimetière, les jours de fête et le dimanche. Ce chanoine n’aurait jamais existé, ce qui nous conduit à une « deuxième réalité » selon laquelle les lieux abritaient un cabaret très fréquenté sous la révolution, cabaret appelé « l’île d’Amour ».
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Dans la relation de son voyage à Bordeaux, Flaubert évoque ces fameuses Allées d’Amour : « Ici c’est pire qu’à Saint-Michel, les vivants ne marchent plus seulement sur les morts, ils y font l’amour et on nomme ce lieu l’allée d’Amour ….

Qu’elles soient Damour ou d’Amour, ces fameuses allées bordelaises abritaient donc chaque 16 Mai, la fameuse foire Saint-Fort, pittoresque foire réunissant une immense exposition de guenilles, de vieux meubles, de fers rouillés où affluaient quantité de chevaux, de bœufs et de cochons, mais aussi de fleurs formant d’agréables haies parfumées. Spectacle varié et coloré qui ne se tient plus depuis longtemps sur les Allées d’Amour, mais dont les anciens bordelais donnèrent le nom à la foire de printemps qui lui succéda, place des Quinconces.

La ferveur autour de Saint-Fort

A la Saint-Fort de très nombreux parents conduisaient leurs enfants à son tombeau, les faisant passer par neuf fois (en rapport avec les neuvaines) au-dessus de la châsse afin de leur assurer force et santé. Selon la tradition bordelaise, le fait d’asseoir les enfants sur le tombeau de Saint-Fort procurait des rondeurs aux filles et rendait les garçons virils !!!

Les visites au Saint étaient cependant essentiellement réservées aux maladifs dont les mères ou nourrices venaient en foule visiter Saint-Fort. Mais les pouvoirs du saint s’étendaient bien au-delà. Une croyance voulait que la clef de la mer fût enfermée dans la crypte, à côté du caveau de Saint-Fort : « Un soir par un temps épouvantable, on entendit distinctement, depuis les abords de l’église, les cris d’un équipage surpris en mer par la tourmente et qui périssait sans secours ». Et de rappeler aussi l’histoire du sarcophage miraculeux du cimetière de Saint-Seurin, élevé sur quatre piliers et rempli d’eau, laquelle diminuait ou augmentait selon que la lune croissait ou décroissait.
Tombeau de Saint Fort
Qui était donc Saint-Fort

Alors que de multiples hypothèses ont été avancées et que l’existence même de ce saint est sujette à caution, certains érudits du XIXème siècle comme l’abbé Cirot de la Ville, pensaient que Saint-Fort n’était autre que Sigebert, comte de Bordeaux, qui aurait été le premier évêque de la cité. L’affaire reste mystérieuse, car même après que le cardinal de Sourdis en 1601, Monseigneur d’Aviau en 1807 et le cardinal Donnet en 1847 eurent authentifié les reliques de Saint-Fort, d’autres spécialistes et érudits ne virent en Saint-Fort qu’un morceau du bâton pastoral (forte en latin) de Saint-Seurin. On aurait donc ainsi confondu un reliquaire subsistant dans la crypte de Saint-Seurin avec une personne …

Les fidèles quant à eux ont pourtant toujours distingué les reliques de Saint-Seurin et celles de Saint-Fort déposées dans la crypte et si l’origine de ce saint reste toujours mystérieuse, il n’en reste pas moins vrai que, dès la fin du Moyen-Age, Saint-Fort avait éclipsé Saint-Seurin dans la dévotion populaire. Le culte de Saint-Fort fut très important dans notre ville et l’on peut dire qu’il surpassât par ses pouvoirs Saint-Seurin dans l’imaginaire des bordelais.

Les bordelais de l’après-guerre parlaient souvent de la foire Saint-Fort, mais encore des Fossés, ou de Porte-Neuve, nous reviendrons bientôt aux sources de ces lieux ….

Source : Contes et Légendes du Vieux Bordeaux Michel Colle

Ecrit par Dominique Mirassou


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