À Bordeaux, le sondage IFOP-Fiducial publié ce mercredi par Sud Ouest, LCI et Sud Radio ne désigne pas encore de vainqueur. Il confirme surtout une chose : la municipale de 2026 sera une élection d’alliances dans une ville plus disputée qu’en 2020.
Avec 33 % des intentions de vote, le maire écologiste sortant Pierre Hurmic arrive en tête au premier tour. Mais derrière cette avance, l’étude révèle un rapport de forces mouvant et une campagne encore très ouverte.
Un socle solide mais fragile
Six ans après le basculement historique de Bordeaux vers une majorité écologiste, Pierre Hurmic conserve un ancrage réel dans le cœur urbain. Chez les cadres, les jeunes actifs et les habitants du centre et des quartiers intra-boulevards, sa coalition écologiste-socialiste reste dominante.
Mais 33 % ne constituent pas une position de confort.
Le score est supérieur à celui de ses adversaires directs, mais insuffisant pour sécuriser une victoire sans recomposition politique.
Le contexte a évolué depuis 2020. Les débats sur la circulation, la sécurité, la propreté, l’urbanisme ou la vitalité commerciale du centre-ville structurent davantage la campagne et nourrissent une contestation plus audible de la majorité sortante.
Cazenave se positionne en alternative
Avec 25 %, Thomas Cazenave s’impose comme principal challenger. Son socle repose sur un électorat modéré, souvent issu du centre et de la droite classique, plus âgé que celui du maire sortant. Dans une ville en recomposition politique lente, il incarne une alternative de gestion plus centriste.
Dans un communiqué diffusé après la publication du sondage, il estime qu’“une majorité de Bordelaises et de Bordelais ne souhaitent pas reconduire Pierre Hurmic” et se présente comme “la seule alternative capable de porter l’alternance”. Il appelle à un rassemblement dès le premier tour et insiste sur l’importance d’éviter la dispersion des voix, considérant que toute division renforcerait la majorité sortante.
Une lecture offensive, cohérente avec les scénarios de second tour du sondage. L’équipe du maire sortant n’avait pas encore officiellement réagi au moment de la publication.
Du côté des autres candidats, Philippe Dessertine a lui aussi réagi à la publication du sondage. Dans un court communiqué, le candidat sans étiquette estime qu’“une dynamique s’installe à Bordeaux” et souligne être “le candidat qui progresse le plus fortement dans les intentions de vote”. Il affirme vouloir poursuivre une campagne de rassemblement pour “proposer aux Bordelaises et aux Bordelais un grand projet d’avenir”.
Le débat sur le “vote utile” s’invite dans la campagne
L’appel au rassemblement dès le premier tour lancé par Thomas Cazenave a rapidement suscité une réponse. Philippe Dessertine, crédité de 15 % des intentions de vote dans le sondage, a publié une nouvelle déclaration pour rejeter la logique du “vote utile”.
Le candidat sans étiquette estime que l’élection ne doit pas être “réduite à des calculs d’alliances ou à des hypothèses de second tour avant même que les électeurs ne se soient exprimés”. Selon lui, “une candidature ne peut pas être assimilée à un vote utile ou supposément inutile”. Il appelle les Bordelaises et les Bordelais à voter “pour ce qu’ils croient être le meilleur projet”.
Pour Philippe Dessertine, le premier tour doit rester celui du choix citoyen, sans spéculation stratégique anticipée. Une prise de position qui illustre la tension croissante autour des scénarios de second tour.
Le second tour sera décisif
Le véritable enseignement du sondage se situe dans les projections de second tour. Dans certaines configurations, Pierre Hurmic conserve l’avantage. Dans d’autres, notamment en cas de quadrangulaire, Thomas Cazenave pourrait passer devant.
Autrement dit : l’élection dépendra des alliances et des fusions entre les deux tours.
La gauche bordelaise reste majoritaire, mais fragmentée entre écologistes, socialistes, insoumis et extrême gauche. À droite et au centre, la question du rassemblement se pose également. Une dispersion des listes pourrait rebattre les cartes.
Une ville politiquement plus mobile
L’étude révèle aussi un électorat encore mouvant.
Si 73 % des électeurs se disent sûrs de leur choix, plus d’un quart pourraient encore évoluer. La campagne de terrain, les débats publics et les thèmes locaux devraient donc peser dans les prochaines semaines.
Bordeaux reste une ville ancrée à gauche, mais plus disputée qu’il y a six ans. Le centre et la droite modérée progressent, sans encore apparaître dominants.
Une municipale d’équilibres
Ce sondage ne désigne pas un vainqueur.
Il installe un rapport de forces instable dans une ville en transition politique.
Pierre Hurmic conserve une avance réelle, mais fragile. Thomas Cazenave se positionne en alternative crédible. Entre les deux, la clé se trouvera dans les alliances, les retraits et les reports de voix.
À Bordeaux, la municipale 2026 pourrait se jouer moins sur les scores du premier tour que dans les négociations et les équilibres des jours suivants.
Mise à jour le 27 février à 23h15 : ajout de la réaction de Philippe Dessertine sur le “vote utile”.



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