Bordeaux

« La place du stade dans la ville ». Conférence du 3 juin …

La rencontre de l’architecture, de l’urbanisme et de la sociologie autour d’une discussion sur la physionomie des stades, était le thème de cette conférence, animée par trois intervenants : Jean-Pierre Augustin, Pierre Ferret et Nicolas Hourcade, dans les locaux du Marché des Douves.

Point de vue urbanistique

Jean-Pierre Augustin, tout en rappelant que les premiers stades ont été conçus et construits par les Grecs, note que suite à cette période de construction, il n’y aura plus aucune édification de stade durant 1500 ans et que la reprise dans un monde qui désormais se couvre de stades aura lieu vers 1880.

Quatre discours fort différents à propos des stades ont cours aujourd’hui, tout d’abord celui de la célébration, de la fête dans la ville et même dans le pays, celui ensuite de la contestation évoquant la peste du sport, celui de la pacification selon lequel les activités sportives permettraient de libérer les pulsions agressives et ainsi de maîtriser la violence et, pour finir, un discours de destruction dénonçant les tares du « supportérisme », véritable fabrique de machisme et de violence.

Sans compter la diversité des phénomènes constatés dans le monde, nous manquons de recul sur les comportements engendrés par la fréquentation des stades. Le stade semble cependant être devenu dans une société laïcisée un haut lieu de célébration, de dramaturgie moderne, fréquenté par d’immenses foules.

Les premiers stades bâtis sur le modèle antique, chargés d’un symbolisme politique fort, virent leur succéder les stades anglais où l’on s’éloigne du politique, pour en arriver aux stades actuels qui, selon notre conférencier, constituent les plus grands studios d’enregistrement de la planète.

L’Architecture

Selon Pierre Ferret, le Colisée, situé en pleine ville, stade multifonctions, comportant notamment une tribune appelée « le Lupanar », réservée aux glorieux gladiateurs, était déjà un stade moderne. Et tout en égrenant le stade Olympique d’Athénes, la Plaza Mayor de Chinchon et ses loges chez l’habitant, le Nou Camp, les Arènes de Nîmes, le Dôme de Fukuoka, les stades politiques tel le Foro Italico, le Stade de Berlin ou encore de triste mémoire, le Vel d’hiv, le stade de Santiago du Chili, il nous rappelle que le football, sport le plus populaire au monde est une sorte de langage universel.

Et d’évoquer la modernité avec le stade de Toronto, premier stade couvert du monde comprenant en son sein un hôtel, le stade de Lille, véritable salle de spectacle dans laquelle on joue au football, le stade Olympique de Munich où la structure du toit fut conçue en fonction des contraintes télévisuelles (ombres gênantes pour la retransmission, mais aussi pour les joueurs), ou encore le stade Bollaert à Lens aux angles non fermés par respect pour l’histoire sociale de la ville (sites de puits de mines).

Il poursuit en évoquant des stades ayant eu besoin de trouver une identité, Toulouse, Lyon, face à la production en série des Emirates (Arsenal), des stades spécialisés, comme Twickenham (rugby) et Wembley (football) tous les deux à Londres ou encore de football américain et de base-ball à Kansas City, des stades ultra modernes et multi fonctions comme Lille, autant de structures, de problématiques, et de questionnements par rapport aux structures du futur.

Faut-il désormais ne faire que de stades multifonctions ?

Pierre Ferret et Jean-Pierre Augustin

Sociologie

Sur les 10 stades utilisés pour l’Euro, Nicolas Hourcade précise que 4 sont nouveaux, 5 ont été rénovés, un seul est resté intact. Et d’ajouter : On a beaucoup construit de stades pour cet Euro afin d’augmenter le nombre des infrastructures sportives en France. Alors que les finances publiques sont en difficulté et qu’il y a beaucoup d’argent dans l’économie du football, des stades tels l’Allianz Aréna sont devenus des centres de consommation, des stades qui vivent au quotidien. Les organisateurs des « spectacles » souhaitent d’ailleurs pour rentabiliser les stuctures, un plus long séjour des spectateurs dans l’enceinte.

Alors qu’en Angleterre dans les années 80, l’insoutenable niveau du hooliganisme amena à augmenter les tarifs afin d’apaiser les stades et d’y amener un public plus familial, au Parc des Princes le haut de gamme version Qatar avec des places plus chères et un contrôle très étroit du public a conduit vers un public plus homogène de cadres, cadres supérieurs, VIP et stars et ainsi vers une aseptisation de l’ambiance tant passion et bon chic bon genre ont du mal à cohabiter. De nombreux anglais en sont aujourd’hui réduits à ne pouvoir s’offrir qu’un abonnement pour deux. Les classes les plus populaires n’ont souvent plus les moyens d’aller au Parc des Princes. Les associations de supporters disparaissent (Paris) ou perdent leur autonomie dans de nombreux stades.

Que dire par ailleurs de la grandeur des stades, est-elle toujours utile ? Le Parc des Princes aurait-il été construit si on s’était basé sur les résultats du club de football parisien à l’époque ? N’est-il pas par ailleurs, trop facile de critiquer ceux qui entreprennent et anticipent la jauge ? Et que dire du prix des places qui souvent exclut les plus modestes des supporters ? Comment combiner sécurité et liberté au sein d’un stade, lieu de défoulement qui ne peut cependant plus tolérer le désordre ?

Autant de questions dont la très prospère économie du football ne semble pas devoir trop se soucier, l’élite attire toujours le public, les medias et les annonceurs, l’argent qui n’a que rarement tort, semble couler à flot, les passionnés du foot sont comblés.

Pour les autres français, souvent à la peine et scandalisés par cet étalement de richesses c’est une toute autre histoire !!!

Les Intervenants :

Nicolas Hourcade : Sociologue, professeur agrégé de sciences sociales à l’Ecole centrale de Lyon, spécialiste des supporters de football. Collabore à So Foot.

Pierre Ferret : Architecte bordelais, grand prix de Rome en 1975, spécialisé dans la conception et la construction de bâtiments sportifs avec notamment à son actif le stade de Lille et le stadium de Toulouse.

Jean-Pierre Augustin : Géographe, professeur émérite à l’université Bordeaux-Montaigne, directeur à la Maison des sciences de l’homme, il est l’un des premiers à traiter de l’étude géographique du sport.

Ecrit par Dominique Mirassou


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