Les débuts de la mise en scène et la naissance de l’acteur moderne

C’est devant une salle de l’Athénée bien remplie que Marie-Claire Rouyer-Daney se propose de nous exposer comment le théâtre est devenu un art majeur dans la société du XVIIIème siècle. Le thème de cette conférence qui s’inscrit dans le cadre du Cercle d’études et de cultures Françaises va nous permettre d’aborder les différents aspects de l’évolution de la pratique théâtrale.

Dans une société fascinée par le spectaculaire, les innovations techniques de l’époque en matière d’architecture et de scénographie vont contribuer à transformer les modalités de création de l’illusion théâtrale. Cependant la nécessité de concevoir et de coordonner les diverses composantes d’une création théâtrale au service d’un texte dramatique ne sera admise que timidement et avec réticence tout au long de ce siècle. Les premières tentatives de mise en scène concertée et cohérente sont dues à des auteurs comme Voltaire (souci de la vérité historique dans le décor et les costumes) ou Beaumarchais (indications scéniques détaillées sur les décors, les jeux de scène, les costumes …) ou encore à des acteurs, comme Lekain, inspirés par le renouveau de la scène anglaise, sous la direction de David Garrick, cité par Diderot comme le pionnier de l’art dramatique moderne, dans le Paradoxe sur le Comédien. Lequel Garrick va apporter de nouvelles pratiques gestuelles, mimiques variées, et participation de tout le corps à l’expression.

Marie-Claire Rouyer-Daney
collection privée

En France le métier de comédien n’était pas honorable à l’inverse de l’Angleterre, jusqu’à la Restauration, les comédiens étaient excommuniés et n’avaient droit qu’à des obsèques clandestines. La liberté de mœurs surtout des comédiennes posera longtemps un problème. L’interprétation du personnage de théâtre va susciter une réflexion et une controverse fécondes tout au long du siècle, de même que le statut social du comédien et de la comédienne avec l’avènement du « vedettariat ». Avant les transformations que connaîtra ce siècle, la conférencière nous rappelle la mauvaise acoustique, l’étroitesse de l’espace scénique, la présence de spectateurs sur la scène. Ajoutant que les représentations ne se passaient pas dans le silence, que les spectateurs venaient au théâtre autant pour être vus que pour voir, et se déplaçaient pendant le spectacle. Pour les novateurs de l’époque l’unité de lieu n’était pas réaliste, de même que les décors neutres et austères ou encore les mêmes costumes pour tous les acteurs.
Chaque acteur ne recevait que son texte, et jouait pour lui-même et pour le public afin de tirer la couverture à soi, sans se préoccuper de ses partenaires. Seuls les plus grands acteurs recevaient l’intégralité du texte, et même dans les dialogues le comédien s’adressait au public. Le débit était saccadé, on roulait les r, à tel point qu’il est difficile aujourd’hui d’imaginer comment les tragédies de Racine et de Corneille étaient déclamées.
Par l’arrivée de décorateurs, l’évolution des costumes, la construction de théâtres ( Lyon en 1754, Bordeaux en 1773) avec coulisses et cintres, l’évolution technique notamment en matière d’éclairage, l’évolution des conceptions artistiques et du jeu de l’acteur, la modernité du XVIIIème siècle va marquer un tournant dans l’évolution du théâtre et en faire un art majeur. Que la conférencière soit remerciée, car le public a apprécié et beaucoup appris.
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N.B. Marie-Claire Rouyer-Daney, professeur émérite de l’université Michel de Montaigne Bordeaux 3, spécialiste de langue et littérature anglaises a soutenu un doctorat d’état sur le théâtre satirique anglais du XVIIIème siècle, et a fait de nombreuses publications sur les comédies et farces en Angleterre et en France.

Ecrit par Dominique Mirassou


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