La République de l’Ormée, une république révolutionnaire à Bordeaux !!!



Publié le 14 mai 2014 à 17:07

Culture

De quoi surprendre ceux qui pensent que Bordeaux a toujours été une ville paisible, éprise de mesure, voire de conservatisme. En plein absolutisme royal (Louis XIV, monarchie absolue), dans les années 1650, notre ville va voir la naissance d’une république révolutionnaire dont les membres font preuve d’une grande soif de liberté. Des affrontements politiques mais aussi sanglants vont avoir lieu.


L’union de l’Ormée
Au départ, dans les années 1650, cette Union dite de l’Ormée regroupe des membres des professions libérales, des commerçants et des artisans, l’Ormée étant à l’époque une esplanade plantée d’ormes, située à l’extrémité sud de Bordeaux, dans le quartier de Sainte-Eulalie. La soif de liberté de ses membres apparaît évidente dans un texte assez curieux : Histoire véritable d’une colombe qui a paru miraculeusement en un lieu appelé l’Ormée de Bordeaux, exposé allégorique dans lequel la colombe (peuple éclairé par l’esprit de liberté) s’oppose aux corbeaux (les tyrans, puissances des ténèbres).

De la Pensée à l’action politique
Véritable société de pensée, l’union de l’Ormée se caractérise par son goût du symbolisme (certains la compareront à la franc-maçonnerie, pourtant inexistante à cette époque), et par ses idéaux révolutionnaires. L’union de l’Ormée va rapidement évoluer vers l’action politique et bâtir une étonnante organisation, avec assemblée et chambre de l’Ormée, organisation qui va par ailleurs publier deux journaux, le Courrier bordelais et le Courrier de Guyenne. Le drapeau des Ormistes est rouge. Vers 1652, le quart de la population bordelaise est acquis aux idées de l’union de l’Ormée dont la devise est " Vox Populi, Vox Dei."

Louis XIV par Juste d'Egmont (1654)
Les Soulèvements populaires :
Soucieux de mettre fin à ce mouvement révolutionnaire, le Parlement de Bordeaux prend un arrêté, le 13 mai 1652, donnant l’ordre de disperser par la force l’union de l’Ormée. Celle-ci réplique en appelant le peuple et la bourgeoisie à se révolter. Des combats de rue sanglants entre 4000 ormistes armés et les troupes royales vont marquer le mois de juin et aboutir à la prise du pouvoir par l’Ormée à Bordeaux.

L’Ormée au pouvoir à Bordeaux
Avec la création de la Chambre des Trente, c’est un véritable Comité de salut public, un gouvernement révolutionnaire qui va imposer à Bordeaux, en avril 1653, une réduction de 25% de tous les loyers et interdire toute poursuite contre les locataires refusant de payer l’ancien prix. La restriction des exportations de blé et de vin fut aussi décidée pour permettre aux pauvres gens de bénéficier des denrées de première nécessité.

L’Originalité de l’Ormée
Bien que révolutionnaire, l’union de l’Ormée se réclamait des valeurs chrétiennes. Elle s’était engagée à faire régner «  la paix et le concordat de Jésus-Christ. » Plusieurs membres du bas clergé catholique qui ont participé à l’insurrection, lui furent favorables. Par contre, certains ordres religieux comme les Jésuites, hostiles aux ormistes, complotèrent contre eux à de multiples reprises.
Portrait du cardinal Mazarin, par l'atelier de Pierre Mignard, 1658-1660
La fin de la république de l’Ormée
L’autorité royale ne pouvant supporter plus longtemps cette « mascarade », dès 1653, les troupes royales encerclent la ville dont l’approvisionnement devient difficile. L’Ormée qui par ailleurs se radicalise voit son appel au peuple pour mettre à raison les quartiers riches très peu suivi. Le 19 juillet 1653, Bordeaux va connaitre une révolution à l’envers, le drapeau rouge des ormistes est arraché et remplacé par celui des royalistes. Le 3 août 1653, Mazarin obtient une capitulation sans condition des ormistes, les troupes royales du Duc de Candale entrent dans la ville.

Une sévère répression
Intense répression, car les ormistes vont remplir les prisons. L’ormiste Dureteste qui réussit à s’échapper fut repris dans les Landes, puis torturé et jugé par le Parlement de Bordeaux. Condamné à mort et exécuté sur la place de l’Ombrière, où il fut roué, puis décapité, sa tête fut exposée sur une tour. Camille Jullian dira de lui : « C’était le meilleur, un honnête homme et un fervent apôtre de la liberté. »Face à une très puissante royauté, l’union de l’Ormée n’était vraiment pas de taille. Avec sa fin inéluctable, se tournait une étonnante page de l’histoire de notre cité, épisode sanglant souvent fort mal connu des bordelais.

Source : Le Sud-Ouest Mystérieux Dominique Lormier


Dominique Mirassou


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