Bordeaux, Cité Maçonnique



Publié le 3 mai 2013 à 09:38

Culture

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis le 28 Juin 2007, la ville de Bordeaux recèle des trésors culturels dont certains sont moins connus du grand public : Elle est ainsi l’une des premières cités de France au XVIIIème siècle à accueillir la franc-maçonnerie, dans le sillage des Lumières, à peine vingt ans après la fondation de la Grande Loge d’Angleterre (1717).


Du plus célèbre des francs-maçons bordelais, Montesquieu, à quelques loges emblématiques comme l’Anglaise ou l’Etoile du progrès, l’histoire de la franc-maçonnerie bordelaise jusqu’à nos jours est étroitement liée à celle de l’Histoire de France.
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La franc-maçonnerie voit le jour à Bordeaux, avec la Loge Anglaise, fondée le 17 Avril 1732 par trois Irlandais : le capitaine Martin Kelly, Nicolas Staimton et Jonathan Robinson, trois officiers de marine qui avaient des activités commerciales à Bordeaux. Dans la première moitié du siècle, il existe à Bordeaux quatre loges : L’Anglaise (1732), La Française (1740), La Parfaite Harmonie (1744), L’Amitié ou Amitié Allemande (1746). A l’exception de l’Anglaise qui figure sur le registre de la Grande Loge d’Angleterre, les autres loges sont affiliées à la Grande Loge de France*. Tout au long du XVIIIème siècle, la franc-maçonnerie bordelaise regroupe les élites commerciales, parlementaires, juridiques et culturelles, ainsi que de nombreux prêtres, et ce malgré les condamnations papales réitérées. La Loge l’Harmonie est perçue comme un loge d’avocats, la loge la Française regroupe un très grand nombre de parlementaires. A la veille de la Révolution française, on comptait plus de 3000 maçons à Bordeaux sur près de 110.000 habitants, les loges bordelaises interrompirent leurs activités pendant la Révolution.
Au XIXème siècle, on peut affirmer que les loges furent un lieu d’expression pour les Libéraux et les Républicains, même si une grande partie de leurs activités était consacrée à la bienfaisance ; ce fut le cas en particulier après la guerre de 1870 où le secours aux blessés et l’aide aux veuves furent organisés, grâce aux fêtes maçonniques qui eurent lieu régulièrement jusqu’en 1884. Pendant la Commune, les loges poursuivirent leurs activités ; il y eut comme partout des Communards et des anti-Communards chez les francs-maçons. Emile Fourcand, maire en 1870, était lui-même vénérable. De façon générale, les loges ont par ailleurs combattu pour la laïcité.
Pendant la seconde guerre mondiale, les locaux de réunion des francs-maçons devinrent le foyer du soldat allemand. Plusieurs vénérables auraient eu le temps de cacher une partie des archives dans un caveau du cimetière de la Chartreuse, mais personne ne put les retrouver …
Quelques personnalités, quelques loges à l’identité forte marquent la franc-maçonnerie bordelaise. Pour autant on ne saurait parler de spécificité bordelaise, pas plus que pour une autre région. L’histoire de la franc-maçonnerie bordelaise reflète les grandes tendances nationales, pour la simple raison que les valeurs qu’elle véhicule depuis le dix-huitième siècle, et qui sont héritées des Lumières, ont évolué en même temps que s’écrivait l’histoire des révolutions, des guerres, de la Troisième République, de la laïcité. Les femmes furent longtemps exclues de cette fraternité. Elles ne furent véritablement admises qu’au moment de la création du Droit Humain (mixte) et de la Grande Loge Féminine de France (exclusivement féminine). A Bordeaux la première loge du DH fut la loge Ordre et Progrès n°51 (1913), et la première loge de la GLFF, Lumière d’Aquitaine, n°53 (1974). Aujourd’hui le paysage maçonnique bordelais offre une grande diversité, il est masculin, féminin et mixte, et toutes les obédiences sont représentées.
Le XVIIIème siècle, siècle d’or pour la ville de Bordeaux, est sans conteste le temps des grands bâtisseurs. Les intendants-urbanistes, qui s’y succèdent à partir de 1720 avec l’intendance de Claude Boucher, sont à l’origine d’une véritable métamorphose du paysage urbain bordelais. Au cours de cette période d’intense dynamisme architectural, les fortifications de la ville médiévale disparaissent, les grandes allées sont tracées, la cité entière s’ouvre sur l’extérieur par son activité portuaire florissante. Dans ce contexte d’essor économique et culturel, un grand nombre de demeures bourgeoises voient le jour et servent de support à une multitude d’ornements riches et variés, souvent allégoriques. Le Grand Théâtre est de loin l’ouvrage le plus cité en référence à l’influence maçonnique sur le patrimoine architectural de la ville (la première pierre fut posée par le duc de Chartres, alors Grand Maître du Grand Orient de France, en 1773). Conçu par l’architecte et franc-maçon Victor Louis, (qui avait pour mécène le duc de Richelieu, lui aussi initié) il est peut être le plus majestueux, mais pas le seul édifice dont l’architecture porte l’empreinte de la maçonnerie. On trouve en de nombreux endroits de la ville, une multitude d’ornements qui célèbrent l’art de bâtir, dont certains par leur nature et leur disposition, s’inscrivent parfaitement dans la symbolique maçonnique. De nombreuses adresses en témoignent clairement.
Quant au Grand Théâtre qui trône au sommet du « Triangle d’or » bordelais, que l’on interprète à tort ou à raison, comme un vaste delta avec en son centre la Place des Grands Hommes, dont la forme circulaire évoque l’œil, source de diffusion de la connaissance, il est parsemé de symboles maçonniques. Ajoutons à cela le caractère d’un temple maçonnique à ciel ouvert de la place des Quinconces et nous aurons presque fait le tour ….

Extraits de l’article de Cécile Révauger et Simon Deschamps
Franc-Maçonnerie Magazine n°17 (Juillet/Août 2012).

Pour les curieux, quelques adresses : 15 et 70, Cours Clémenceau ; 18 et 40 rue Frère ;134, Cours de la Somme ; 10 rue des Herbes ; 52 Cours de l’Intendance ; 22 rue Philippart ; 32 Place de la Ferme de Richemont ; 9 rue de Mexico, etc …


Dominique Mirassou


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