Une Journée du patrimoine passée au violon.



Publié le 22 septembre 2016 à 08:05

Culture

Samedi 17 septembre, journée du patrimoine, me vint l’idée de visiter l’ancienne prison rue Boulan. Je pensais bien avoir dégoté un lieu particulier et que peu de gens auraient la même curiosité, de visiter un tel endroit.


Erreur, arrivée presque à midi, heure où nous français, aimons bien nous retrouver autour d’une table bien garnie, la prison était déjà presque pleine. Un début de foule commençait à se former, même FR3 était là et bientôt ce fut le tour du maire de Bordeaux. Je m’attendais alors à rencontrer, mes cousins, mon institutrice de primaire ou pourquoi pas mon garagiste ! Le fait est que nous étions nombreux.
Je me frayais un chemin, trouvant l’endroit bien propret avec son sol en béton et ses murs lissés, mais des photographies avouèrent qu’à l’origine, le sol était fait de terre battue. Cinq cours distinctes, une pour les femmes de marchands, une pour les prostituées, une pour les marins indisciplinés, une autre pour les marchands, et une dernière pour les enfants sont réparties de part et d’autre d’un couloir. Autour de chacune d’elles sont disposées une dizaine de cellules étroites sans lumière ni beaucoup d’air (pas de fenêtre) qui pouvaient contenir de 6 à 8 personnes. On frémit quand on pense que dans la journée les prisonniers restaient dans la cour qui était à ciel ouvert par tous les temps. Les gardiens et leur famille logeaient dans des bâtiments à l’avant de la prison.

Réaménagement intérieur pour transformation

Une guide bien intentionnée vint à notre rencontre pour nous expliquer l’histoire de ce lieu.
Depuis 1979, la bâtisse, attenante au musée d’art décoratif, était utilisée, entre autres, comme réserve pour y stocker les œuvres non exposées.
En 1886 l’architecte Marius Faget fait bâtir un hôtel de police pour la municipalité. Le service de la sûreté et des mœurs, le commissariat et le petit parquet vont s’y installer. Cette prison était utilisée pour les détentions provisoires en attente de jugement. Elle devait recevoir les détenus pour de courtes durées entre 1 à 6 nuits. Tous les trois mois, les locaux étaient désinfectés au soufre au formol et à l’alcool. 50 grammes de pain par jour avec de la soupe à 10 heures du matin et le soir à 16 heures. Au fil de l’Histoire, les conditions des prisonniers se sont un peu améliorées, sauf pendant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale où Bordeaux vivait à l’heure allemande.

Inscription sur les portes à l’intérieur

On comprend les nombreuses tentatives d’évasion. Par exemple en 1909, un certain Louis Ernest fut pris alors qu’il aidait trois autres de ses codétenus à escalader le mur de la cour pour tenter de passer par les toits, en 1936 un autre prisonnier ; P. Jean se blessa au ventre avec un couteau pour être hospitalisé et essayer lors de son transfert de s’échapper…
C’est dans les salons de l’hôtel Lalande que siégeait le tribunal du petit parquet. Les détenus y étaient conduits par la cave de l’hôtel sorte de pont des Soupirs souterrain. Tout s’est arrêté en 1964 où les services de police ont quitté l’hôtel de Lalande pour intégrer le nouvel hôtel de police de la rue de l’Abbé de l’Épée. L’édifice de plus de 800 m2 évolue aujourd’hui afin d’accueillir les nouveaux espaces d’expositions temporaires du musée des Arts décoratifs et du Design.

Les solides serrures permettant de fermer les portes

Des vestiges des hommes et des femmes qui ont séjourné là nous regardent, des prénoms griffés dans la pierre, des initiales, des dessins comme une ancre marine ou l’esquisse d’un bateau. Parfois des messages insolites comme un : « Victime de l’Asie », qui laisse imaginer que son auteur, un marin, a peut-être tenté d’abandonner son navire pour céder aux charmes de l’orient.
De robustes portes en bois aux verrous énormes percées d’un œilleton sont gravées de mots inachevés et de surnoms étranges soulignant le contraste entre la dureté de ce lieu et la volonté de ces prisonniers de ne pas se laisser déshumaniser.
La visite est terminée. Enfin, dehors, le retour au présent, son espace et son soleil donnent envie de s’étourdir de la joie d’être libre.


Marie-Laure Bousquet Moison


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