Saint-Jacques- de-Compostelle n’est pas si loin !

Mercredi 6 juillet, je visite la maison du pèlerin. La porte est ouverte aux voyageurs. En 2014, ce fut la volonté d’un petit groupe de fondateurs de créer un accueil pèlerin à Bordeaux, d’où l’appellation de l’association “ BORDEAUX COMPOSTELLE HOSPITALITÉ SAINT-JACQUES“.

Ils renouent ainsi avec la tradition pèlerine de Bordeaux mise en place par Guillaume IX Duc d’Aquitaine en 1119. Cette tradition s’était éteinte à la révolution. L’hôpital se trouvait alors dans l’actuelle rue du Mirail. Aujourd’hui, ce n’est pas un hasard si ce nouvel accueil se trouve le long de la rue de la Coquille qui marque le début du pèlerinage que doit suivre le pèlerin qui arrive à Bordeaux.

Je suis reçue par Michel Redregoo président fondateur, aujourd’hui président honoraire. Nous visitons les lieux ; une longue salle voûtée en pierre où des hospitaliers sont déjà là, ce sont eux qui accueillent les pèlerins venus faire une halte pour se reposer ou dormir dans des chambrées. Ils disposent, s’ils souhaitent se restaurer sur place, d’une cuisine. Christina, une dame très blonde pleine de vivacité venue d’Irlande du Nord, de Belfast me précise-t- elle, est ici pour deux semaines,elle fait partie des hospitaliers qui sont tous bénévoles. Ils assurent les permanences pour l’accueil et la gestion des voyageurs.

Michel Rédregoo

Justement, un pèlerin qui vient de Marcilly est là, il remplit une fiche d’arrivée et montre à Charlotte, autre hospitalière, son carnet de pèlerin appelé aussi Crédencial, ou créanciale. Il doit y faire apposer un tampon à chaque étape de son voyage, sur le chemin pour recevoir la "Compostella" à la Cathédrale de Saint-Jacques- de-Compostelle. C’est un certificat, rédigé en latin, qui est remis au pèlerin à son arrivée à Compostelle par le Bureau des pèlerinages pour attester qu’il a bien fait le chemin de Saint-Jacques. Michel m’explique qu’il existe des "Credentials" laïques aussi bien que délivrées par l’église, les deux sont toutes aussi valides. Le chemin peut se faire à pied, mais aussi à bicyclette.
Michel lui est un marcheur de longue date. Il a pris sa décision de partir en 1983 au pied de la tour Saint Jacques à Paris qui est le point de départ historique du chemin. À cette époque il est encore en activité, mais « l’idée fait son chemin »… il attend la retraite et en 1995, il prend son sac sur le dos, le 15 juillet il part pour arriver le 23 aout. (1 480km) Sur ce premier pèlerinage, il découvre que l’on peut souffrir horriblement des pieds et il se promet de ne jamais retenter l’aventure, jusqu’à ce que des amis lui proposent de repartir l’année suivante depuis le Puy en Velay.
Ce deuxième chemin est une révélation pour lui, les douleurs se sont estompées, son corps s’est, adapté et il peut en savourer les joies.
Cela fait maintenant 20 ans qu’il chemine et qu’il apprécie les rencontres, la fraternité, et le partage entre les pèlerins et les habitants des lieux traversés. Même s’il a rencontré son épouse Karin, elle aussi grande voyageuse, sur le chemin, il pense qu’il est préférable de marcher seul.

Le chemin de Compostelle l’hiver

Il décompose le « Camino » en 3 fractions symboliques :
- En premier, au fil des jours s’opère une prise de conscience de notre quotidien matérialiste qui alourdit nos vies. Il faut du temps pour se libérer, le téléphone portable qui nous attache à notre point de départ devient presque inutile. C’est difficile, mais c’est possible dit-il en souriant. Alors, le lâcher-prise commence, on peut laisser derrière soi tout ce qui nous embarrasse.
- La deuxième phase, après cette petite mort initiatique, il l’appelle la renaissance. Pendant un mois ou deux, on réfléchit à sa vie, au passé et au présent. On fait le bilan. On abandonne sa vie de « vieux » pour devenir une nouvelle personne.
- La troisième phase, il l’appelle la transfiguration ; on est différent, on arrive à Santiago et là, on pleure devant la cathédrale, on se dit « je l’ai fait ».

Le chemin lui-même peut se segmenter en trois étapes.
- D’abord la Navarre, le col de Roncevaux ; magnifique, on s’intéresse à tout, à ce qui se passe on s’oublie, c’est une région si belle, on contemple subjugué.
- Ensuite, dans un second temps, c’est la Castille un horizon qui ne finit jamais. Rien n’attache le regard. L’introspection et la méditation s’imposent dans l’allégresse de la liberté.
- Enfin en trois, la Galice ; la beauté, on est près du but, on se réjouit.

Un instant de repos au bord du chemin

Pour Michel il y a plusieurs façons d’aborder le chemin de Compostelle, d’abord l’attrait culturel, l’intérêt sportif (35 km par jour…) et enfin l’aspect spirituel. Quoi qu’il en soit, que l’on ait la foi ou pas, il se passe toujours quelque chose d’intimement important lors du cheminement.

Dans sa totalité, depuis Saint Jean Pied de Port, le voyage dure entre 3 à 4 semaines. Michel ne conçoit pas d’effectuer le pèlerinage sur plusieurs années ; à raison d’une semaine par an parexemple, même s’il comprend l’attrait que cela comporte, il appelle cela des randonnées qui ont leurs vertus et qui se font en général entre amis ou avec la famille. « Ceux qui le font de cette manière, dit-il, se doivent d’envisager dans le futur de faire le chemin en entier. »

En France, il y a cinq Chemins principaux balisés. La Voie de Tours, celle de Vézelay, celle du Puy en Velay et enfin le Chemin d’Arles. Le cinquième moins fréquenté faute d’accueil prend sa source au Verdon et suit le littoral pour rejoindre Irún, il est appelé communément ; la voie des Anglais.

Au fil des années, Michel est devenu photographe des paysages du chemin. Il sera exposé pendant les journées du patrimoine à la Halle des Chartrons du vendredi 16 septembre au dimanche 19.
L’exposition s’appellera : « Les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle ».


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