Le Vin peut-il être biologique ?



Publié le 3 mars 2016 à 10:25

Eco-Actu

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Privilège de l’homme de pouvoir boire sans soif : autant déguster des breuvages de qualité !! 
En ce qui concerne la qualité phytosanitaire des vins, la viticulture fait son chemin : biologique, biodynamique, durable, intégrée, raisonnée,… quels chemins doivent prendre les consommateurs ?


« En passant par la Champagne avec mes sabots, en passant par la Champagne avec mes sabots, rencontrés trois capitaines… avec mes sabots dondaines... »
Tandis que je traversais à pied ce si célèbre vignoble, par la voie Francigena* , j’ai pu admirer la Montagne de Reims il y a quelques semaines déjà, au temps des vendanges. J’ai eu envie de savoir ou en était la viticulture durable dans cette région fleuron. En dégustant une coupe de ce vin prestigieux, j’ai lu dans un article de la gazette locale : « Le bio n’est pas l’ennemi du champagne ; mais le fait est que les vignerons champenois ne sont pas mordus de la culture bio. Sur les 33400ha de ce vieux vignoble, moins de 430ha sont convertis en AB. »

Et que donne le mariage du bio et du Bordeaux, autre grand nom du vin français, s’il en est ?!
Qu’en est il de cette viticulture dans le bordelais en particulier et dans la région Aquitaine en générale. Posons le décors ! En Gironde, selon des chiffres donnés par le conseil départemental, la filière bio occupe prés de 15000 ha (soit 6,2% des surfaces agricoles) dont 75009 ha pour la viticulture, principale production agricole du département.
Il est à noter, en ce qui concerne les créments (vins pétillants, méthode champenoise) en pleine expansion, déjà un peu concurrent du champagne que 20 % de la production crèment de Bordeaux se fait en bio : bon élève de la classe AB ! Cela s’explique par le fait qu’il est plus facile de marier les exigences du cahier des charges crèment à celles de celui du bio : beaucoup d’attention et de main d’œuvre dans les deux cas.

« Je ne m’intéresse plus qu’à ce qui est vrai, sincère, pur... en un mot à l’authentique ».
Marcel Pagnol n’emploie pas le mot bio, car en 1953 ce mot n’appartient pas encore à la langue courante. Mais il pourrait déjà bien s’agir du projet de Jean de Florette. Car depuis plus d’un siècle des agriculteurs, des consommateurs ainsi que des médecins se sont inquiétés de voir la qualité des produits alimentaires d’origine agricole altérées par un type de production de plus en plus industriel. En France, l’Institut Nationale de la Recherche en Agriculture joue un rôle fondamentale dans le domaine de l’agroalimentaire. Cet organisme publique a pour mission de mener des recherches dans ce vaste domaine. Mes pas me conduisent donc à la Grande Ferrade, domaine de l’I.N.R.A Bordeaux Aquitaine, situé à Villenave d’Ornon. Fred Laigret, responsable du service Développement Durable, nous renseigne sur l’évolution croissante des grands Bordeaux en bio. Nous avons évoqué plus haut les vins pétillants, bons élèves. Plus généralement en ce qui concerne les vins tranquilles (rouges, rosés, blancs) que représente la production version bio ? D’après lui la réglementation nord américaine, très stricte a l’encontre des vins européens, a obligé nos grands crus à mener une politique de diminution drastique des produits phytosanitaires ; ceci pour continuer à vendre sur le marcher américain. Et même si les motivation sont économiques, la qualité du vin s’en trouve finalement améliorée.

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Lycée Agro-Viticole Site Maurian

Précisément la qualité des vins bio, il en est question durant ce mois de février ! Les Journées techniques de l’I.T.A.B, après Avignon, Colmar... se déroulaient ces 18 & 19 février au lycée agricole de Blanquefort. Cette manifestation nationale a été crée en 2003 et se veut biennale : la thématique de 2016, « Viti-vini bio SVBA ». Stéphane Becquet, animateur au Syndicat des Viticulteurs Bio Aquitaine, détaché à l’Institut Technique de l’Agriculture Bio supervisait l’événement. Cette rencontre se veut source de propositions et d’informations en matière de viticulture biologique.
Il est à noter que le vin n’est pas un produit naturel comme l’eau ou le lait. Boire du vin c’est déjà boire de la chimie. Il résulte d’une transformation ; en effet sous l’effet des levures, la fermentation transforme les sucres du raisin en alcool, mais aussi acides organiques, tanins...
Et pour fabriquer un produit étiqueté vin bio dans l’U.E. on peut encore utiliser :

  • - les machines à vendanger ;
  • - les triturations du moût de fermentation ;
  • - l’addition de sulfites ;
  • - de levures industrielles ;
  • - de phosphates daïmoniques... ;
  • - de charbon actif pour décolorer le vin ;
  • - de gélatine alimentaire, colle de poisson, ovalbumine, caséine, caseinate de potassium, dioxyde de silicium, alginate de potassium, sulfate de calcium pour clarifier…
  • - et beaucoup d’autres additifs tels que sucres, enzymes, bactéries, tanins ,sulfates d’ammonium, a. citrique, gommes arabiques, copeaux...
    « Il n’y aurait donc pas plus de vin bio que de voitures propres » ? Certes le raisin est cultivé biologiquement ; mais entre récolte et mise en bouteille, la vinification en bio comme en conventionnel n’est elle pas une succession de transformations chimiques et de produits ajoutés ?
    De la question des sulfites en particulier… Leur utilisation quoique controversée est pourtant encore fréquente même en bio. Ils servent d’une part à inhiber ou tuer les levures et bactéries indésirables (ex : l’absence de sulfite dans les vins naturels + une augmentation de PH peut entraîner le « goût de souris », qui donne une désagréable sensation de moisissure) ; d’autre part à protéger les vins de l’oxydation. Or ils peuvent être responsables des maux de tête, présenter une gène pour les asthmatiques… (notamment les vins liquoreux qui en contiennent d’avantage). Ainsi nous aboutissons à la notion de vins naturels peut être plus convaincante. Même si actuellement il n’existe pas de législation autour de sa définition, un vin dit nature ou naturel ne comporte pas ou peu d’intrant rajouté lors de sa vinification. C’est une vieille revendication du milieu viticole qui a rejoint les exigences des consommateurs pour une alimentation plus saine pendant les années 80. Les principes de base sont une recherche de goût originel des vins ; un respect de la nature et de ses productions ; une opposition aux méthode industrielles de viticultures et de vinification ; enfin un retour à certaines pratiques œnologiques anciennes. Ex : ni collage, ni sulfitage.
    Julien Viau, chargé de mission Agriculture Biologique au Bureau de la Qualité (DGPE/MAAF), durant sont intervention aux journées de Blanquefort confirme que cette question est en plein débat, au niveaux national, européen et mondial, parallèlement à une révision générale de la réglementation de l’AB. La réglementation de 2012 sur le vin biologique évolue progressivement : l’objectif est d’obtenir un accord entre les institutions européennes (Conseil, Parlement, Commission)
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    Château Couhins

    Viticulture raisonnée, intégrée… pour illustrer le propos, nous rencontrons Dominique Forget qui se trouvait également à Blanquefort. Il est le directeur de château Couhins / INRA ; en compagnie du chargé de commercialisation Romain Baillou, il nous reçois au domaine (Pessac Leognan, grand cru classé en blanc), qui depuis 1968 est la propriété de l’I.N.RA. Cet organisme publique a pour mission de mener des recherches « pour une alimentation adaptée, un environnement préservé, une agriculture durable ». Ainsi on pratique dans ce vignoble, qui en 2015 s’étant sur 54 hectares, une viticulture à haute valeur environnementale qui implique une réduction des intrants et va de paire avec une production « intégrée ».

    Bordeaux gazette : de quoi s’agit il exactement ?
    D. Forget : nous pratiquons une agriculture qui s’appuie sur des mécanismes régulateurs le plus proche de ceux qui existent dans la nature, afin d’éliminer aux maximum les intrants (agriculture dite raisonnée) polluants et coûteux. Pour l’INRA il s’agit de pouvoir tester toutes les pistes amenant à la production d’une alimentation de qualité, qui soient viables pour les agriculteurs et d’un rendement suffisant pour nourrir une population croissante. Le cahier des charges des vins bio serait trop restrictif et nous priverait des marges de manœuvres nécessaires aux recherches menées à l’Institut.

    Bordeaux gazette : quand vous parler de mécanismes régulateurs proches de la nature…
    D. Forget : par exemple, nous gardons une mixité dans le paysage en replantant des bosquets prés des vignes afin que celles ci bénéficient des effets bénéfiques de cette biodiversité environnante.
    De même, nous pratiquons l’enherbement entre les rangs de vignes qui apportera un engrais vert ; des produits naturels sont utilisés tels que la prêle, l’ortie, l’osier, l’achillée millefleur, la camomille afin d’apporter une protection « durable ».
    Des réponses d’ordre génétiques (gène de double résistance pour chaque maladie) sont également mises en pratique ; c’est l’I.N.R.A. de Colmar qui en est plus particulièrement chargé.

    Pour évoquer plus largement la viticulture bio en Aquitaine, nous sommes allés à la rencontre de
    Pantxo et Monika Indart viticulteurs au Pays basque. Saint Étienne de Baigorry, ou cette famille vit dans le quartier Ottikoren, fait partie des quinze communes qui constituent l’appellation Irouleguy (Irulegiko arnoa) avec Aincille, Ahaux, Bidarray, Bussunarrits, Irouleguy, Ispoure, Jaxu, Lasse, Lecumberry, Osses, St Jean le Vieux, St Martin d’Arossa... Cette AOC (1970) est un des plus petit vignoble de France ; soit 220 hectares et une cinquantaine de producteurs, dont sept en bio (le village d’Irouleguy lui même regroupant quatre propriétés viticoles, toutes en bio). Sur les pentes de cette agréable vallée de Basse Navarre, qui profite du vent du sud (Haize hegoa), les moines de Roncevaux auraient planté des vignes pour les pèlerins de Compostelle (encore et toujours les pèlerins). Pantxo y travail la vigne comme son père et son grand-père, mais actuellement en bio. Le grand-père qui vivait du vin, exploitait ses vignes avec quatre salariés. Le père pratiquais déjà la polyculture (élevage bovin et viticulture). Puis François ne continua plus que l’élevage. C’est à quarantaine seulement, suite à la baisse des quotas laitiers, qu’il a osé relancer l’activité viticole de la propriété ; en agriculture conventionnelle dans un premier temps (1988), puis très vite en bio (2002), attristé par la pensée d’utiliser tant de pesticides, d’herbicides sur des terres alors vierges de tous produits phytosanitaires. Il cultive les cépages suivants : tannat, cabernet franc et c. sauvignon, qu’il confie maintenant a la coopérative pour la vinification de vins rouges et rosés, après avoir travaillé en tant que viticulteur indépendant, 10 ans avec la maison de négoce Brana, puis 5 ans avec Michel et Thérèse Ryouspeyrous : ces derniers, producteurs à Irouléguy, travaillent en biodynamique plus précisément.
    Enfin, tout récemment , son fils Vicente Indart qui prendra bientôt le relais prépare une vinification et mise en bouteille directement à la propriété pour le plus grand bonheur de son père : le chais du grand-père devrait renaitre !

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    © photo Carlos Portella Nunes (Photographe etdocumentariste Brésilien)

    La viticulture conventionnelle, intensive induit de plus en plus de dissidents : biodynamique, bio... L’AB en générale aurait fait un bon de 17% en 2015. Sommes nous sur la bonne pente : toujours est il que le choix d’un vin de qualité même en bio, ça reste un métier !! A votre santé...

    *Via Francigéna (la voie qui vient de France) : ensemble de chemins utilisés par les pèlerins venant de France pour se rendre à Rome. L’un des plus connu de ces roumieux est l’évêque Silgéric qui effectua le trajet de retour de la ville éternelle, à son évêché de Cantorbery en 80 jours via le col du saint Bernard, Reims... en 990.


Varso


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