Le tragique destin des "Girondins"



Publié le 15 juillet 2013 à 14:12

Culture

Le 17 juin 1790, journée anniversaire de la transformation des Etats Généraux en Assemblée constituante, Bordeaux accueille les délégations des villes qui veulent se ranger sous sa bannière par un pacte fédéral. Les avocats Vergniaud, Gensonné, Guadet et Grangeneuve, les négociants Boyer-Fonfrède et Ducos, font l’apologie de la Constitution et de la Fédération. Jeunes et brillants orateurs, ils vivent intensément chaque instant. Aucun d’entre eux ne peut entrevoir le destin funeste qui leur sera réservé, celui des « Girondins ».


L’important rôle des Girondins
A Bordeaux le culte de la Révolution et de la Raison s’assimile à une religion de la Nation. Le député Girondin Vergniaud proclame dans la cathédrale St André : « Citoyens, la nature nous a faits égaux, la religion nous unit par des liens plus intimes encore, elle nous a faits tous frères. Bénissons la Constitution qui nous ramène dans les bras de ces deux filles du Ciel ». Les orateurs ou députés Girondins tels Barennes, Journu-Aubert …. Vont jouer un rôle déterminant, devenir les inventeurs d’une République, symbole d’un idéal de bonheur et de fraternité, inspiré par les théories d’Aristote, Platon, Thomas Hobbes, John Locke et Montesquieu, et par le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. Le 1er Octobre 1791, l’assemblée législative entre en fonction. Elle possède tous les pouvoirs, le roi n’ayant qu’un droit de veto. Les députés se répartissent dans les clubs. Les Feuillants, siègent à droite, les Jacobins et les Cordeliers, à gauche, les Girondins ou Brissotins, du nom de leur chef Brissot, au centre.

La Liberté brisant ses chaînes


Le conflit avec les Montagnards
A Paris, après l’élimination du roi, la lutte pour le pouvoir s’intensifie entre le parti des Montagnards, ainsi nommés car ils siègent sur les bancs du haut de l’Assemblée, et le parti des Girondins (fédéralistes). Les orateurs de la Montagne reprochent aux Girondins de soutenir « une aristocratie de l’argent » qui remplace la noblesse. Robespierre prête à la Gironde « le projet de se séparer de la France pour s’unir à l’Angleterre ». La colère de Paris contre la province s’accentue. La menace des armées royalistes aux frontières, et l’insurrection vendéenne de mars 1793 poussent à la création d’un Comité de Salut Public. Ce dernier institue le régime de la Terreur avec un tribunal révolutionnaire chargé de condamner les ennemis de la République, le 6 avril 1793. Sont suspectés « tous ceux qui n’ont rien fait pour la Liberté ». Les Girondins sentent la menace, leurs députés sont malmenés par la Montagne qui les accuse de mollesse et d’oubli des intérêts de la France au profit de leurs départements ou de leurs villes. Marat attaque les Girondins à la tribune de l’Assemblée, le 3 mai 1793 et réclame l’arrestation de Brissot, leur chef de file. Robespierre renchérit le 8 mai en pointant le doigt vers les Girondins  : « Celui qui a des culottes dorées est l’ennemi des sans-culottes ».

Le Coq regarde vers l’Est et salue l’arrivée du soleil


Les Girondins mis en accusation - Robespierre exige leur arrestation
Le 18 mai, le député bordelais Guadet contre-attaque et demande la suppression des autorités parisiennes et le transfert de l’Assemblée à Bourges. Les 30 et 31 Mai, Robespierre exige l’arrestation des Girondins. Le député girondin Vergniaud, « sous le couteau montagnard » lance son appel au secours depuis Paris : « Pour venger la liberté en exterminant les tyrans ….hommes de la Gironde, levez-vous, il n’y a pas un moment à perdre ». Fin mai les Montagnards organisent une insurrection. Les députés girondins n’accèdent à l’Assemblée qu’entre deux rangs de sans-culottes vindicatifs. Le 2 juin 1793, après des débats tumultueux à l’Assemblée, 31 députés Girondins sont « décrétés d’accusation ». Cette décision provoque des réactions hostiles dans les départements de l’Ouest, du Sud-Ouest, et du Sud-Est. Le maire de Bordeaux François-Armand Saige adresse un vif message à la Convention laissant entendre que si « on touche aux représentants de la Gironde, les Bordelais s’élanceront sur Paris ». Dans la commune de Bordeaux « des cris de fureur et de vengeance retentissent sur toutes les places publiques ».

Le Monument en Hommage aux Girondins


Les Commissaires du peuple en action - Tallien
Les responsables de la révolte, pour la plupart avocats et bourgeois de Bordeaux, incitent le peuple à s’engager pour la lutte, mais ils sont suivis de peu de volontaires car la Convention non seulement déverse « deux millions de piastres » sur Bordeaux, mais agit au début avec prudence, en évitant des condamnations trop spectaculaires. Cet argent remis « à des mains pures et fidèles » transforme les indigents en « loyaux Montagnards, partisans de la Convention ». Les Commissaires du Peuple vont passer à l’action pour comme ils disent : « Agir contre tous les pervers qui égarent la bonne foi du peuple, agitent les esprits faibles, et sèment dans les villes et les campagnes les levains de la discorde ». Le 2 Juin 1793, 80.000 parisiens assiègent l’Assemblée et réclament la destitution et l’arrestation des députés Girondins que l’on appelle aussi Brissotins ou Fédéralistes. Le 12 juillet les députés Girondins lèvent une petite armée qui sera vaincue à Pacy-sur-Eure. Dans la France entière les députés ou les hommes favorables aux Girondins deviennent des traîtres à la Patrie. Ils sont mis en accusation, pourchassés, emprisonnés et exécutés. Le 23 Août les commissaires du peuple Tallien et Chaudron-Rousseau arrivent en renfort à Bordeaux et déclarent : « Il y’a des fusils garnis d’or, l’or va à la Monnaie, les fusils aux volontaires et les Girondins fédéralistes à la guillotine ».

Des noms sur le monument


La chute et l’exécution des Girondins
Après avoir été arrêté en son château de Bourran à Mérignac, et emprisonné au fort du Hâ le maire de Bordeaux François-Armand Saige est guillotiné le 24 Octobre 1793 sur la place Nationale (place Gambetta). Le 10 brumaire an II (31 Octobre 1793), 21 députés Girondins dont Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède, Jean-François Ducos, Armand Gensonné, Jacques Lacaze, Pierre-Victurnien Vergniaud, répartis en cinq charrettes, sont conduits au pied de l’échafaud parisien. Ils meurent en chantant la Marseillaise et en criant d’un même enthousiasme : « Vive la République ! » La Gironde devient le département du Bec d’Ambès, pour affirmer la fin du Girondisme et des Girondins. Une page sanglante de l’histoire de notre pays, de notre département et de notre ville est tournée.

Sources : Les dossiers d’Aquitaine - Les Maires de Bordeaux
Histoire des Girondins.
_


Dominique Mirassou


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