L’humour : où ça commence, où ça s’arrête ?



Publié le 17 février 2016 à 17:15

Art de vivre

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Cette phrase de Pierre Desproges est toujours gravée dans le marbre, près de 30 ans après sa disparition. Alors peut-on toujours rire de tout ? Est-il possible de de rire avec tout le monde ? C’est à ces questions ardues qu’a pris le temps de répondre Patrick Charaudeau*, durant une conférence à l’IJBA, lundi dernier.


Une cinquantaine de personnes étaient présentes dans la salle, écoutant avec assiduité les analyses pointues de l’universitaire de Paris XIII. Selon lui, l’humour serait un numéro d’équilibriste à maîtriser entre sa propre liberté d’expression et le sens de l’humour de l’autre. Alors, comment savoir ce dont on peut rire et ce dont on ne peut pas ?
Pour avoir une petite idée de ce qui est tolérable ou non, il faut se référer à la loi française, qui encadre juridiquement l’humour. Pour qu’une blague soit considérée comme drôle, il faut quatre éléments bien précis, selon le conférencier. Et en premier lieu, une absence de sérieux et d’intention de nuire. Mais le juge regarde également la distanciation qui existe entre le sujet traité et l’ « humoriste ». Enfin, si la personne se sent directement victime de la blague, cela constitue une situation aggravante pour l’humoriste

Alors, on l’ouvre ou pas ?
A la lumière de cet encadrement juridique, il est possible de déterminer pourquoi certains humoristes dans l’histoire récente française ont été condamnés, et d’autres non. Ainsi, lorsqu’un Patrick Sébastien, déguisé en Jean-Marie Le Pen parodie la chanson « Cassez la voix » en « Casser les noirs », il est relaxé. De même pour un Bedos, qui lors de ses vacances à Marrakech désespère qu’il n’y ait « que des arabes » ou un Coluche affirmant qu’ « à part les juifs, tous les autres sont égaux. »
Pourtant quand Dieudonné s’attaque aux juifs, ça ne passe pas. « Le problème avec Dieudonné, c’est la construction de ses spectacles. Il rompt le contrat humoristique dans le sens où il casse la distance qui le sépare, en tant que personne, de son personnage » affirme Patrick Charaudeau. Quand le spectateur peine à faire la différence entre le personnage que joue Dieudonné et Dieudonné lui-même, le contrat humoristique est rompu.

Toujours drôles ?
Mais aurions-nous le droit d’être un Nicolas Bedos ou de refaire un Bébête show, comme au bon vieux temps ? La France rigole-t-elle de la même façon en 2016 qu’en 1986 ? La réponse est non. L’humour en France s’est largement adouci du fait de deux courants : la progression des groupes communautaires et l’internationalisation de l’humour.
Les humoristes français, avec le développement des groupes communautaires, ont dû encadrer davantage leur discours. Aujourd’hui, on fait de l’humour majoritairement « politiquement correct ». Gare à ceux qui ne s’y plient pas. Les procès ne sont pas loin. Cet éclairage médiatique que permet le procès est une aubaine pour les groupes communautaires, qui ont parfois du mal à se rendre visible. Par ailleurs, le « sens de l’humour est parfois incompatible avec l’acte militant. Le sens de l’humour dessoude » souligne Patrick Charaudeau.
L’autre facteur est la culture : « Il n’y a rien de plus culturel que l’humour. » Dans un contexte de mondialisation, l’humour français ne peut pas être et ne sera jamais compris partout. Après avoir défendu corps et âme Charlie Hebdo à travers le monde, nombres de personnalité politiques du monde s’en détournent doucement. Charlie Hebdo est harakiri, bête et méchant. En France la plupart le savent. Pas à l’international. Il y a donc une mauvaise compréhension de l’humour français, que l’on peut trouver drôle ou non, dès lors qu’il y a internationalisation du sujet raillé.
Au travers de ces deux facteurs, nous lissons progressivement notre humour. Au lieu de rire des clichés, nous ne faisons que les taire. Nous ne pouvons plus rire de tout. Et certainement pas avec tout le monde. Une bien triste fin pour notre humour français.
* Patrick Charaudeau est professeur en Sciences du langage à l’Université de Paris 13


Aurélie Franc


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