J .O. de Rio, le cache misère n’a pas fonctionné …

Dans un brillant témoignage l’écrivain Eric Emmanuel Schmitt a exposé son point de vue sur les Jeux Olympiques suite à son séjour à Rio. Depuis tous les signes d’un olympisme dévoyé jusqu’à l’extrême pauvreté d’un pays en grande partie insensible aux Jeux, le constat est bien triste.

Désespoir et amertume

Passé de la croissance au délitement le plus total, le Brésil plongé dans le marasme et la médiocrité au moment des Jeux n’a pu réussir la fête :

« Ces jeux olympiques d’été étaient mes huitièmes. Ils ont la couleur de leur époque, teintés de désespoir et d’amertume, à des années lumières de la féérie catalane de 1992 ou du charme Austral de l’an 2000. »

Entre une armée brésilienne aux aguets remplaçant des fonctionnaires de police mal payés, des soldats en treillis juchés sur des chars, des artères en état de siège vidées de leur population, un accord parait-il conclu avec les caïds des favelas afin d’obtenir une trêve dans les agressions perpétrées sur les plages et dans les restaurants.

 : « Les pontes du CIO ont sauvé l’essentiel. Les apparences. Sitôt les compétitions terminées, leurs limousines climatisées aux vitres opaques s’ébranlent en silence depuis le parking « VVIP ». Elles empruntent les voies réservées à la famille olympique, l’asphalte princier qui gomme l’essentiel des bouchons gigantesques qui asphyxient la mégalopole. »

Pour le public, les journalistes et même les athlètes c’est le régime de l’à peu-près et de l’intermittence, perdant souvent plus d’une heure pour regagner le village olympique, les héros du jour patientent longuement.

Baie de Rio
© Photo Guy Chaillou

L’envers du décor

Alors que Rio, sa baie et ses plages dorées nous sont présentés comme un paradis, la réalité est tout autre. Avec 20% de Cariocas vivant dans les favelas et plus encore en dessous du seuil de pauvreté, au sein de cette population, les Jeux sont loin de faire l’unanimité.

 : « Dès les premiers jours 15.000 bénévoles ont manqué à l’appel sur les 50.000 que le comité organisateur avait recrutés ; Une bonne partie a déserté dès qu’il a pris possession des vêtements du paquetage. Une autre remplit sa tâche à mi-temps et disparaît une fois le repas de midi avalé ………. Le peuple de Rio dans son immense majorité se moque bien des Jeux Olympiques et cette désaffection de masse devrait faire réfléchir ceux qui nous gouvernent. A quoi bon s’entêter dans le gigantisme et la démesure lorsque la plus grande partie de la planète est à l’agonie ? Le décalage est de plus en plus vertigineux entre le vécu et les images diffusées dans le monde. Gestes parfaits, performances de haut vol, émotions inouïes. Les médailles récoltées n’ont de valeur que déconnectées des réalités du quotidien, rigoureusement réservées à l’export et au rêve. »

Teintés de désespoir et d’amertume (comme le dit Emmanuel Schmitt), ces jeux olympiques de Rio ne font que concrétiser le luxe et la démesure réservés à certains dans un monde et en l’occurrence dans un pays où la souffrance économique est immense. Loin de la qualité et de l’image on ne peut plus positives véhiculées par ces grands et valeureux athlètes c’est l’idéal olympique qui se trouve en partie dévoyé tant l’agonie sociale qui côtoie cette fastueuse organisation ne se prête guère à l’événement.

Combien de Cariocas n’avaient même pas les moyens de payer une place de stade à leur famille ?

Combien de personnalités et hommes de pouvoir du monde entier ont pu vivre les jeux sans bourse délier ?

Rien de bien nouveau sous le soleil et sans doute d’irrémédiable dans tout ça, sauf que comme tout, les privilèges ont des limites et qu’il devient difficile de nous vendre des cartes postales dans un contexte de confusion et de misère sociale qui saute aux yeux.

Ecrit par Dominique Mirassou


Recherche

Nous suivre

Vous pouvez nous suivre sur les différents réseaux sociaux ci-dessous!


Newsletter!

Recevez directement le nouvelles actualités de Bordeaux Gazette.

Petites Annonces Bordeaux Gironde

Nous suivre sur Facebook

Agenda