Bordeaux décimée, la peste noire déferle …



Publié le 5 août 2016 à 07:47

Culture

Juillet 1348, année on ne peut plus sinistre selon les chroniqueurs de l’époque. Aux ravages de la guerre s’ajoutent d’importantes inondations prolongées par une forte canicule. Dans ce triste contexte, la peste noire déferle sur le pays et se déclare à Bordeaux au mois de juillet.


« Une hécatombe » …

La peste ne connaît pas de pitié, pire que le choléra, pire que la guerre, elle atteint sans discrimination toutes les couches de la société. La princesse d’Angleterre, Jeanne de la Tour, fille du roi Edward qui part se fiancer avec le roi Pierre le Cruel de Castille, fait escale à Bordeaux et atteinte du mal, meurt au Palais de l’Ombrière.

Des chroniqueurs de l’époque relatent qu’il fallut mettre le feu au quartier de la Rousselle pour l’assainir, mais également incendier les rues avoisinantes dans l’espoir d’anéantir le fléau. La peste arrive d’Orient par bateaux en Toscane, en Sicile, l’un d’eux atteint Marseille d’où il est expulsé. Cependant, le mal est fait, l’épidémie est foudroyante et ses conséquences incalculables.


« La peste avance plus vite qu’un homme à pied »
, elle remonte par les vallées, atteint Lyon et Bordeaux sensiblement à la même date et ne finira sa course que dans les montagnes écossaises, épuisée par les froides pluies des hauts plateaux.

« A Bordeaux, le nombre de morts dépasse celui des vivants » …

Les premiers touchés sont les médecins qui ne savent prescrire comme remèdes que des lavements, saignées, onguents et autres tisanes. Le pape autorise la dissection des cadavres afin de comprendre la maladie qui se décline en fait en trois affections différentes : la peste bubonique, la peste intestinale et la peste pulmonaire, la plus virulente.

Les portes de Bordeaux

Le plus souvent, la famille et le prêtre qui accompagnent le mort à sa dernière demeure, succombent à leur tour. Quatorze des vingt chanoines de Saint-Seurin disparaissent. Les menuisiers doivent être réquisitionnés pour fabriquer les cercueils. Les fossoyeurs payent un lourd tribut et beaucoup s’enfuient pour échapper à la mort. Quant aux notaires, lorsqu’ils survivent, ils ne font que réécrire de nouveaux actes suite aux décès qui se succèdent .

Il se murmure à Bordeaux, ville de 30.000 habitants, que le nombre de morts dépasse celui des vivants …

Une punition divine ?

On fait appel à de solides gars des montagnes et même à des Cagots, parias rejetés des vallées du Béarn, pour soigner les malades et enterrer les morts. A peine trois mois après l’apparition de la peste à Bordeaux, les chapelles, les fossés, les églises sont remplis de cadavres. Dans les rues, des animaux domestiques sans maître errent et redeviennent sauvages, les maisons sont vides, la terreur s’installe. On ne fréquente plus les gens atteints, on leur jette la pâtée, on se cache au fond des caves.

On plante des crucifix un peu partout dans la rue afin de chasser le diable. Et certains se posent la question : « Les hommes en dépensant trop d’argent pour la guerre, en passant plus de temps en débauches qu’en prières, n’ont-ils pas provoqué la colère de Dieu et cette punition ? »

Alors que nul ne connaît à cette époque les causes de la maladie, le terrible mal va s’éloigner, les cloches sonnent la fin de l’épidémie. : « Grâce aux bénédictions concluront les prêtres. » Pour la médecine, la maladie est due aux astres, à la corruption de l’air qui nous entoure … La faculté de médecine de Paris officialisera cette thèse.

Les pillages …

La suite va s’avérer tout aussi laide et funeste, les maisons abandonnées suite à la maladie vont devenir la proie des pilleurs. On s’arrache les draps, les jambons, la vaisselle ….

Les survivants de pauvres deviennent riches et leurs maisons regorgent de marchandises. Le maire : Reginald Berkeley et les jurats n’interviennent pas, l’économie, concentrée en quelques mains habiles (pas toujours très saines), va repartir de plus belle …..

Les exportations de vin de Bordeaux en 1349 et 1350 vont être excellentes.

Source : Dossiers d’Aquitaine.


Dominique Mirassou


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