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Le bordeaux vu de… Pékin



Publié le 29 mai 2013 à 14:49

Actualité

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Président du groupe Vin de la Mémoire de Bordeaux et auteur de nombreux livres sur le sujet (dont les récents Vignobles de Bordeaux aux Editions Sud Ouest, Trente ans de millésimes chez Hachette, Petite encyclopédie du vin chez Dunod) Antoine Lebègue revient de Chine. Il nous livre ses réflexions et attire notre attention sur un petit détail qui pourrait devenir un gros problème si l’on n’y prête pas garde. (La rédaction)


La France le pays du romantisme
Si la visite du président français est pratiquement passée inaperçue du Chinois moyen, même du Chinois cultivé et francophile, la France et les Français ont la cote d’amour. Mr Chen et R. BellemerY compris chez des gens modestes. Un exemple le montre : avec un ami français qui devait faire renouveler son visa, nous nous sommes rendus dans un commissariat de quartier. Là, la secrétaire, voyant que nous étions français, m’a dit avec un large sourire : « Asseyez-vous. » En s’excusant ensuite de ne connaître que cette phrase dans notre langue. La France apparaît comme un pays de rêve et les Français comme des gens romantiques. Pour de nombreuses Chinoises qui rêvent de trouver l’âme sœur dans l’Hexagone « Fa Guo ren » (je suis français) est une véritable formule magique. L’Alliance française de Pékin fait le plein de jeunes filles désirant apprendre le Français. Rares sont les pays qui disposent en Chine d’un capital de sympathie équivalent à celui de la France. Toutefois, cet atout n’est pas sans limite. Ainsi les Chinois préfèrent les automobiles allemandes aux françaises et sur le plan linguistique, c’est surtout l’anglais qui progresse au sein de la population, même si celle-ci reste largement réfractaire aux langues étrangères. En revanche, il est deux domaines où les Français ont pris une avance considérable. C’est l’alimentaire et le luxe. L’une des eaux minérales les plus vendues à Pékin se nomme en français « C’est bon ». Synthèse des deux, le vin vient en tête. Particulièrement le Bordeaux qui occupe une position si privilégiée que la ville est aussi connue en Chine que Paris.

Des karaokés aux restaurants En Chine les ouvrages français sur les vins font référence comme ici "Les Vins deBordeaux" des Editions Sud-Ouest
Le 28 avril dernier dans un restaurant chic de Pékin, un négociant français vivant dans la capitale chinoise fêtait les Cent Jours de son bébé, une fête traditionnelle très importante en Chine. Pour l’occasion, il avait convié une douzaine de ses clients et confrères. Tous étaient d’accord pour considérer que près de la moitié de la population consommait désormais du vin. A l’origine le vin est entré dans l’Empire du Milieu par les karaokés, où les grands crus étaient coupés de... Coca. Même les grands crus classés avaient droit à ce sort. Aujourd’hui le vin accompagne certains grands moments de la vie du Chinois. On n’en boit quasiment jamais à la maison, mais au restaurant.

Du marqueur social au phénomène de société
Boire des grands crus hors de prix est un signe de réussite pour les nouveaux milliardaires chinois. Ce rôle de marqueur social a contribué à la promotion du vin auprès des Chinois. Mais le développement du marché du vin en Chine dépasse le simple phénomène de mode. C’est une véritable conversion, semblable à la progression du Christianisme. Aujourd’hui pratiquement un Chinois sur trois est chrétien ou d’influence chrétienne.

Adopter c’est adapter, les mystères du goût chinois
La comparaison avec la christianisation est d’autant plus intéressante que dans les deux cas, les Chinois vont adapter l’apport occidental en l’adoptant. Pour M. Chen, négociant qui se fait appeler Gilbert par francophilie, Il est encore un peu tôt pour savoir ce que sera à terme le goût du vin en Chine. Toutefois, on peut penser qu’il sera assez proche de l’esprit du bordeaux. « Actuellement, précise-t-il, le vin qu’aiment les Chinois est un rouge aromatique qui a du corps. Il doit être fruité et posséder des tanins mais ceux-ci ne doivent pas se montrer agressifs. C’est un vin expressif et assez doux. » Rien à voir avec les bouteilles mises en avant par certains critiques américains. Comme le note Rémy Bellemer Directeur commercial de Théodore Bellemer, maison familiale chartronnaise en forte progression en Asie, « Il est remarquable qu’en Chine on fasse plus confiance aux auteurs français qu’aux Anglo-Saxons pour expliquer et choisir le vin. » De nombreux amateurs et professionnels attendent avec impatience la sortie (le 3 juin prochain) du Guide Hachette en mandarin que suivra bientôt la version chinoise du Féret.

Les tanins, passerelle ou piège ?
Le vin est sans doute un produit nouveau pour les Chinois. La dégustation du Thé dans les règles passerelle avec les tanins du vin Mais il existe une passerelle avec la gastronomie traditionnelle de l’Empire du Milieu : les tanins, car ceux-ci sont également présents dans le thé. Par ailleurs les grands thés se conservent et fermentent pendant des décennies. Mais pas n’importe quels tanins. Comme nous l’avons vu plus haut, ils doivent être soyeux. De plus, dans des millésimes très colorés et tanniques, comme les 2009 et 2010, ils peuvent s’accompagner de dépôt dans les bouteilles. Pour des Français, et a fortiori pour des Bordelais, détenteurs d’une mémoire vinicole pluri séculaire, le dépôt, qui est dû à la précipitation de sels de tartre par le froid, est loin de constituer un problème. A une époque c’était même un signe de qualité, comme en témoigne cette publication de 1910 : « La formation de ces dépôts est normale et naturelle ; [ils sont plutôt] dus à une période d’amélioration du vin. Pour servir un vin limpide , il suffit de décanter le vin. » Mais pour des Chinois dont la mémoire ne remonte pas au-delà d’une dizaine ou d’une douzaine d’années il n’en va pas de même. Ces corps étranges qui se promènent dans la bouteille et adhèrent à la paroi créent une réelle inquiétude, même chez des professionnels. Inquiétude qu’il va falloir dissiper par une communication pertinente si l’on ne veut pas créer une méfiance envers les grands vins français, particulièrement bordelais, avec toutes les conséquences qu’une telle suspicion pourrait entraîner.


Antoine Lebegue


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