Le Palais Gallien ; Sa Légende, ses Sorcières



Publié le 1er décembre 2014 à 11:25

Culture

A l’opposé des bords de la Garonne, datant de 18 siècles, les ruines qui se dressent rue du Docteur Albert Barraud ne manquent pas d’interpeller le passant. Pourquoi parle-t-on d’un Palais alors qu’il s’agit d’un Cirque, et pourquoi Gallien ? Que penser des légendes qui s’y rapportent selon lesquelles c’était un lieu de sabbats de sorcières ? De quoi perturber les nuits d’un quartier bordelais désormais fort paisible ….



Les légendes du Palais !!!

Les habitants de Bordeaux et les pèlerins du Moyen-Âge sur les chemins de Compostelle, intrigués par ces ruines, comprenaient, d’après les chansons de geste, qu’il s’agissait des restes d’un palais fabuleux que Charlemagne aurait fait édifier pour son épouse légendaire, Galiène (ou Gallienne). Le Palatium Galianae était né et cette dénomination qui apparut en 1367, résista au temps. Si la légende carolingienne prétend que Charlemagne épousa Gallienne, l’histoire qui nous informe sur les cinq épouses et nombreuses concubines de Charlemagne ne trouve pas trace de Gallienne ! ….
Au XVIème siècle, des érudits dont Elie Vinet contrèrent la légende en attribuant la construction de l’amphithéâtre à l’empereur Gallien qui régna de 253 à 268. Et c’est ainsi qu’on passa du Palais de Galiène au Palais Gallien.

Un Amphithéâtre

En réalité le « Palais Gallien » est un amphithéâtre d’époque romaine, dernier témoin de l’antique ville de Burdigala, capitale de la province romaine d’Aquitaine. Les spectacles qui y étaient donnés, combats de fauves et de gladiateurs étaient offerts par des magistrats et de riches mécènes. Jusqu’au XIX ème siècle où une partie de ces ruines fut détruite pour laisser place à des habitations, les vestiges du monument étaient beaucoup plus étendus qu’aujourd’hui. Il est évident maintenant que ce bel amphithéâtre mesurait environ 130m sur 110 et pouvait contenir jusqu’à 20.000 spectateurs. Construit dans la première moitié du IIème siècle après J.C., ravagé par des invasions barbares, puis séparé de la ville par une muraille, l’amphithéâtre va être assez vite laissé à l’abandon.

La cour des miracles et les sorcières

Les ruines isolées au milieu des vignes devinrent rapidement une véritable cour des miracles, le lieu avait mauvaise réputation, on y organisait des duels, des courses de taureaux, truands et prostituées s’y donnaient rendez-vous. Jusqu’au XIX ème siècle les filles publiques se répandaient dans les rues et chemins avoisinants. Mal fréquentés, les lieux ont fait naître au Moyen-Âge des légendes mêlant sorcières, messe noires, sabbats et jeteurs de sort. On croyait ainsi à Bordeaux que les sorciers tenaient le sabbat en ce lieu, suivant le démonographe Pierre de Lancre : « Le diable est venu tenir ses assises au carrefour du palais Galiène, comme naguère au supplice, Isaac du Queyran, sorcier notable qui fut exécuté à mort en 1609, l’avoua ».
La légende nous dit que sorciers et sorcières volaient dans les airs, à cheval, sur des animaux ou des balais, pour se rassembler dans un lieu écarté. A Bordeaux, c’était dans les ruines du Palais Gallien, où ils participaient à une cérémonie présidée par le Diable, représenté par un bouc, au cours de laquelle ils adoraient le Démon et reniaient la foi chrétienne ………
Les lieux n’échappèrent pas non plus au fantasme de la présence d’un trésor caché, que cependant nul ne trouva, seuls quelques tessons de céramique et des monnaies de Gallien, Postume et Tetricus furent découvertes …
Rue du Colisée
Le devenir chaotique des lieux

Sous la Révolution, l’amphithéâtre devint une carrière publique et le terrain fut vendu par lots, ce qui conduisit à la destruction d’importantes parties du monument (Porte du Levant). Pour permettre un accès aisé aux lots, deux voies en croix traversant le site furent créées en 1792, ainsi naquirent les rues du Colisée et du petit Colisée (depuis rue Sansas). Fort heureusement en 1800, le préfet Antoine Thibaudeau va protéger définitivement les ruines par l’arrêté du 23 Vendémiaire et proclamer : « En détruisant les monuments antiques d’un pays, on se prive souvent des preuves les plus authentiques de son histoire »._ Après les ravages du temps, les cultes démoniaques, les excès des révolutionnaires, rendons hommage au préfet Antoine Thibaudeau grâce auquel les ruines de ce palais qui n’en est pas un, seront sauvegardées pour le plus grand bonheur de notre ville, de ses habitants et notamment de ceux du quartier qui ne voient d’ailleurs plus personne s’envoler en chevauchant un balai …
Nul n’envisage de rebaptiser les lieux et c’est très bien ainsi !!!
Source : Contes et Légendes du Vieux Bordeaux par Michel Colle


Dominique Mirassou


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