Bordeaux

Bordeaux et ses foires du temps de Raoul le bordelais !!!

Créées en 1431 par le roi d’Angleterre, fixées à deux fois quinze jours par le roi de France Charles VII et, du 1er au 15 Mars ainsi que du 15 au 31 Octobre, par Charles IX, les foires de Bordeaux, parmi les plus populaires des distractions, initialement installées sur les quais entre les Places de la Bourse et Jean-Jaurès vont émigrer sur les Quinconces à partir d’Octobre 1853. Partons donc à la découverte des plus prestigieuses et parfois surprenantes attractions proposées à la belle époque.

La « paysanne des Vosges » et la fameuse « femme poisson »
C’est un flot de boutiques bruyantes et colorées qui, deux fois l’an, envahit la place. Des marchands de sucrerie affichent leur origine orientale avérée ou non en portant le « fez ». Le populaire char rouge de la « paysanne des Vosges » est bien là, personnage si légendaire qu’elle passa plus tard pour être la mère de Monsieur Adrien Marquet, chirurgien-dentiste et futur maire de Bordeaux. Du sommet du char de la dame, un orchestre déverse des flots de cymbales et de grosses caisses alors qu’elle extrait les dents d’un patient courageux !!!
Non loin de la « paysanne des Vosges » se trouve la « femme poisson » annoncée par une toile peinte la représentant sur fond de mer bleue. Elle offre 10.000 francs, une fortune !, à quiconque prouvera qu’elle n’est pas la femme-poisson. Alléché, le promeneur entre dans la baraque et trouve derrière le rideau une brave et vieille dame dont l’acte de mariage affiché à ses côtés certifie bien qu’elle s’est mariée, à Paris, avec un certain Joseph Poisson !!!
Florian Laurent par Malap
Le boulevard du crime
Des spectacles divers avec le Théâtre de la Gaîté, propriété de béglais, les Puther, qui offrent tout le répertoire du « boulevard du crime ». On y travaille en famille et, lors de la parade, le père est tambour, le fils au clairon, la mère à la caisse et le petit-fils au contrôle. Et si parfois le décor fragile se démonte ou s’écroule en cours de séance, on tire le rideau…
On trouve aussi le théâtre de Pietro Gallici, les danses avec effets de voile, les exercices de prestidigitation de Bénévol, les ménageries des frères Laurent , bordelais arborant des juste au corps de soie rouge frangés d’or, celle de François Bidel. Celle de Pianet dont l’éléphante Miss Fanny, très aimée des bordelais, mourra à la fleur de l’âge (43ans) et quittera la ménagerie Pianet pour être empaillée et présentée au muséum d’histoire naturelle du Jardin-Public, celle du sieur Pezon qui se vante de dresser en douceur les bêtes fauves.

Les célèbres Micoine et Raoul le Bordelais
Sous les arbres des allées d’Orléans, on trouve la hollandaise en coiffe vendant ses gaufres, la marchande d’oublies et le vendeur de coco qui déambule, fontaine rouge sur le dos. Mais c’est Micoine en tricot blanc, pantalon bleu et ceinture de flanelle qui est la vedette et laisse les enfants bouche bée. Entouré de ses caniches noirs, il leur fait exécuter de fameux tours de prestidigitation. Micoine disparaîtra en 1910, attristant tout le petit monde de la foire.
Non loin de là se tient Raoul le Bordelais devant sa baraque de lutteurs, le Melon penché sur le nez, il bombe le torse, ses rouflaquettes et sa belle moustache soigneusement pommadées. Musclé mais un peu pléthorique tendant tous les carreaux de son complet dont la voyance est soulignée par la rutilance de sa cravate. A sa gauche, bombant des torses couverts par des draperies de gladiateurs, sont rangés ses poulains qu’il désigne d’une sorte de long et orgueilleux bâton de commandement : « Regardez celui-là, c’est Mangematin l’invincible ! Voyez ces pectoraux, ces biceps ! Ce sont les Piliers de Tutelle ! » Raoul lance alors dans l’assistance un caleçon que saisit un amateur suivi de près par une foule avide d’assister au combat.
Le populaire Micoine
Le chevalier Sorino magicien guérisseur
Les manèges installés près des colonnes rostrales avec leurs cochons galopants et leurs gondoles à crépine d’or, les montagnes russes tournantes, le théâtre Saint Antoine de la famille Guérin, marionnettistes chers aux bordelais depuis le Second Empire, complètent ce fameux tableau.
Sans oublier Hippolyte l’Hercule, le populaire Rabasson avec son fameux collant rouge et l’étonnant chevalier Sorino, magicien guérisseur qui débite : « J’ai quitté mon château et abandonné ma quiétude pour répandre parmi vous des dons prodigieux que je détiens par hérédité ». Qui dit mieux !!!
Encore plus surprenant, le surréaliste Pétomane du nom de Joseph Pujol qualifié par certains de poète des voies intérieures qui verra le maire Alfred Daney lui refuser toutes les salles de la ville, et la « diseuse » Yvette Guilbert dont le spectacle explosif et subversif selon certains, restera fort controversé.
Une magie et une féerie populaires, empreintes de naïveté, d’amateurisme, de simplicité, de tendresse et d’humour, telles que pouvaient les concevoir des gens vivant une période particulièrement difficile, s’exprimaient pleinement lors de ces foires. Une clientèle populaire qui n’avait par ailleurs que rarement l’occasion de se distraire venait y éprouver pour un instant les joies du divertissement et de l’insouciance. Même si l’accoutrement de Raoul le Bordelais et autres déclarations intempestives du chevalier Sorino sont inimaginables de nos jours, le besoin de panser par des joies simples nos misères quotidiennes petites ou grandes, est bien resté le même …

Sources
La Belle Epoque à Bordeaux
Mémoire du Quotidien
Albert Rèche
Editions Sud-Ouest
1991
ISBN 9782879 010267

Ecrit par Dominique Mirassou


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