Bordeaux à la belle époque, le temps des « tripots » et « bouges déguisés »



Publié le 10 juillet 2015 à 10:56

Culture

Alors que de nombreux cercles privés, imitations des clubs britanniques vont se développer à Bordeaux sous le règne de Louis-Philippe et à l’époque du Second Empire. Cercles dans lesquels se retrouvent tous les privilégiés de la ville. La belle époque va voir aussi se multiplier à Bordeaux de nombreux tripots moins prestigieux, dont le plus important est situé dans un pavillon du Casino des Lilas (emplacement du parking de la cité administrative actuelle).


Réglement "Billard des chasseurs"Le Casino des Lilas et ses jeux truqués

Etablissement des boulevards où on joue à la roulette, au poker, au baccara et surtout aux divers jeux de billard fort à la mode à cette époque, aux appellations aussi étonnantes que variées : jeu des danseuses, jeu des chasseurs, des nations, des arceaux, billard militaire etc… Le jeu se passe autour d’une table rectangulaire avec une boule en caoutchouc ou en bois qu’il s’agit de placer dans des cases d’autant plus difficiles à atteindre que les tenanciers s’arrangent pour installer les tables sur un sol irrégulier et surtout pour couronner le tout comme l’indiquent les procès-verbaux des commissaires de police, pour les entourer d’individus à mine suspecte et de femmes aux mœurs douteuses qui, accoudées sur le rebord, empêchent soit par leur position, soit par leurs mimiques, les clients de jouer de face, leur enlevant ainsi toute chance de gagner.

Les descentes de police sont fréquentes et à plusieurs reprises, le Casino des Lilas est verbalisé, alors que des professeurs de billard s’opposant aux commissaires de police tentent de prouver vainement qu’il s’agit bien d’un jeu d’adresse et non pas d’un jeu truqué. En 1894 suite au suicide d’un sous-officier joueur, le général commandant le Corps d’Armée interdit l’accès de l’établissement aux militaires. Malgré la peu crédible création d’un cercle artistique au premier étage de l’immeuble, afin de calmer les esprits, suite à la plainte d’un voyageur de passage, conduit au Casino par des rabatteurs, une descente de police permet de saisir une très coquette recette, alors que les gagnants sont rares. Le président du Cercle est condamné à une amende et le tenancier, un ancien dentiste, à une peine de prison avec sursis.

La concurrence et les plaintes augmentent

Les concurrents sont nombreux, dès 1881 la presse dénonce vigoureusement les trois établissements du boulevard de Caudéran, Casino des Lilas, Eden-Théâtre et Palais de Flore, ainsi qu’à Bordeaux le théâtre des Nouveautés, la Taverne anglaise des allées de Tourny et les Folies bordelaises. Les rapports de police mentionnent aussi l’Alhambra mais aussi divers cafés et demeures privées, véritables établissements clandestins de jeux, notamment une maison de la rue Judaïque tenue par de « femmes aux mœurs légères » où un guetteur permet aux joueurs en cas de descente des autorités, de faire disparaître très vite les cartes et de les remplacer par un innocent et familial loto.

La presse locale juge les descentes et contrôles de police tout à fait insuffisants, le journal « le Petit Bordeaux » écrit : « Les échos de Bordeaux répercutent d’un bout de la ville à l’autre, les doléances des innombrables victimes de ces tripots déguisés et les imprécations violentes des pères de famille, des ménages ouvriers condamnés au déshonneur et à la ruine par la tolérance coupable derrière laquelle s’abritent provisoirement tous ces jeux immoraux. »
L'affaire de proxénétisme
Le développement des jeux d’argent qui avait submergé toutes les classes de la société bordelaise avait commencé dès le XVIIIème siècle, avec le maréchal-duc de Richelieu joueur invétéré, et la transformation le soir de l’actuel hôtel préfectoral en un tripot chic, ce qui fit dire un peu plus tard à Monsieur Saint-Rieul Dupouy :

« Le tapis vert s’étend de toute part, la fièvre du jeu brûle toutes les âmes, c’est le cercle qui fait la splendeur et la ruine des gens. »

Un des peu brillants et des plus dangereux travers de l’homme, voué semble-t-il, à ne jamais le quitter …..

Source : Bordeaux à la Belle époque Albert Rèche. Edition Sud-Ouest.


Dominique Mirassou


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