Bordeaux

Agnès de Catherine Anne, L’École des femmes de Molière. Vu pour vous … Le dyptique …

Mardi j’ai vu « L’Ecole des Femmes » et le lendemain « Agnès » dans un même décor et avec la même distribution de 9 comédiennes – hommes ou femmes – selon le besoin. Deux salles pleines ; de nombreux jeunes attentifs et souvent surpris et le public habituel de ce théâtre … conquis.

Noirs désirs...
Je pensais évident que Molière surpasserait l’écriture de Catherine Anne … Certainement vrai même si, après analyse des deux spectacles, les deux écritures si lointaines dans la forme et dans le style s’imposent et s’épousent curieusement et adroitement. Quatre siècles pourtant séparent les deux histoires … !
Ecoutons Catherine Anne : « Agnès, dans ma pièce, est comme le personnage d’Agnès chez Molière : entièrement dépendante du pouvoir d’un homme-père. Ce père, dont elle dépend affectivement et matériellement, éprouve pour elle un désir sexuel et décide de se l’approprier, d’en faire sa femme. Les deux Agnès sont sous l’emprise d’un homme-père et d’un tuteur qui veulent tous deux posséder leur corps, prendre leur virginité. »

Morgane Arbez (Agnes) et Marie-Armelle Deguy (Arnolphe) dans l’école des femmes
photo Hervé Bellamy


Et là on devine le pourquoi du choix de ce dyptique par l’astucieuse et élégante "Metteuse en scène" … L’inceste est le nœud essentiel de l’intrigue, des histoires, des désirs exacerbés de l’homme …
Le plateau pendrillonné et noir, vide et auréolé de lumières étudiées en faisceaux violents ou atténués comme le désir, ponctue l’action et souligne l’âpreté des personnages ; la « kasbah/villa » identique pour les deux œuvres, en bois et terrasse élevée s’impose comme l’unité de lieu incontournable qui s’étale vers l’extérieur où tout se devine. Il y a un rez-de-chaussée, un store électrique qui monte et descend comme une lame de guillotine et une porte-tambour que traversent tous les personnages dans des allers-retours incessants pour mieux découvrir les horreurs qui s’accomplissent dans l’ombre ou à l’extérieur, à l’insu de tous…Le public, témoin impuissant, constate l’inacceptable, l’inavouable et tente de comprendre. Sonné !
_ Molière est dans son « jus » où rien ne manque de l’époque, musique, costumes, jeu outré … Anne dans celui d’aujourd’hui plus sobre et pervers …Romantique et touchant quelques fois …
L’Ecole des femmes a été créée, en 1662, Agnès en 1994 …

Le lien entre les deux textes est très ténu et tient au fait que dans les deux, l’héroïne se prénomme Agnès et que la distribution est la même, constituée uniquement de comédiennes.
Pour l’une, Arnolphe, le tuteur ne veut qu’épouser pour mieux posséder et jouir de la jeunesse, pour l’autre, le père incestueux et fou de sa fille provoque sa descente aux enfers.
Deux mêmes histoires de famille déboussolée complémentaires et violentes rehaussées par la complicité d’une troupe de femmes troublantes de réalisme et de force d’interprétation où la domination masculine est d’autant plus renforcée et tellement surprenante et crédible.
Le talent est là dans une mise en scène épurée et au cordeau ; dans une interprétation globale « bluffante » où l’on se prend à deviner … mais qui est qui ?
Une mention pourtant à Marie Armelle Deguy qui compose un père surprenant, repoussant et un Arnolphe jaloux, torturé … Tous deux épouvantablement crédibles …
Encore une belle réussite de choix de textes de grande qualité à porter au crédit de Catherine Marnas qui a composé un programme dont le théâtre bordelais ne peut que se féliciter …


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