Portets

Guerres de religion : la faute à l’astrologie et à l’imprimerie

Qui, de nos jours, pratique encore l’astrologie judiciaire qui avait permis de déterminer qu’Henri IV serait assassiné à 16 heures précises, ou qu’éclateraient sous peu les Guerres de Religion ? Plus personne, sans doute, tant cette astrologie, celle de Cardan, Nostradamus, Morin de Villefranche, réclamait de connaissances diverses, d’imagination, de calculs mathématiques difficiles et interminables. Au XVI° siècle, tous les Princes avaient leurs astrologues qui jonglaient avec les degrés, la domification et les étoiles fixes. Les résultats obtenus étaient si surprenants que l’on s’accordait à penser qu’il ne s’agissait pas de superstition. Quand l’imprimerie fut inventée, les premiers ouvrages imprimés furent des almanachs qui adaptèrent à la sagacité de leurs lecteurs la complexité des horoscopes. Il se trouve qu’à la fin du XVIème siècle, les planètes promettaient des jours qui n’étaient pas enchanteurs : troubles, violences, morts, veuvages, renversements de situation, les astrologues ne voyaient que du noir et renchérissaient l’un sur l’autre, décrivant la Seine charriant des cadavres et devenue un fleuve de sang. Les Réformés s’élevèrent avec virulence contre ce qu’ils considéraient comme des inepties, bien dignes d’influencer les sots Papistes. Les Papistes répliquèrent qu’ils n’étaient point sots. La querelle s’envenima et quelques temps plus tard, ce fut la Saint Barthélemy et la Seine charria des cadavres dans ses flots couleur de sang.
C’est l’historien Denis Crouzet, grand spécialiste de l’histoire des Guerres de religion, qui a le premier mit l’accent sur ce bizarre phénomène. Une superstition crée les conditions de la survenue des événements qu’elle prédit, et ce, grâce à la révolution de l’imprimerie qui diffusa à ce point la pensée de Luther que son premier ouvrage, interdit en France et vendu par colporteurs sous le manteau, s’arracha à 3000 exemplaires le premier mois de sa parution. Ainsi, la troublante histoire des découvertes et des techniques rejoint la grande Histoire qu’elle favorise. Si bien que l’on a du mal à déterminer quelle fut la cause exacte des Guerres de religion : l’inimitié de François 1er pour Charles-Quint, celle des Guise envers les Rohan, des causes purement économiques, l’influence du Pape, la rébellion des terres du sud, ou l’évidente intelligence des critiques de Luther à la hiérarchie ecclésiastique ?
Dans la conférence qu’elle donnera le 4 février à 17 h au château de Mongenan, Florence Mothe tentera de démêler cet écheveau compliqué. Quel rêve de société idéale faisait les Protestants ? Quel horizon infini ouvrait l’imprimerie ? Quel était l’état réel financier du royaume à l’époque ? Autant de paramètres qu’il est bon de considérer avant de déclarer que ces guerres ne furent que de religion.
Renseignements : Château de Mongenan, 33640 Portets, 05 56 67 18 11 Conférence suivie de la dégustation gourmande des vins du domaine. Entré 10 €, visite du musée à partir de 14 h.


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